Hainaut

Le tribunal civil estime qu’il a été mal défendu lors du procès du "Foyer fontainois".


C’était l’époque des scandales politico-financiers dans la région de Charleroi. En 2007, après la Carolorégienne, la société de logements sociaux du Foyer fontainois était balayée par une affaire d’abus de biens sociaux, de faux, de détournements et de fraude aux marchés publics. On y avait découvert, parmi d’autres irrégularités, le système mis en place par l’ancienne gérante, Antoinette Aloé, et l’architecte du Foyer : en échange de pot-de-vins, ce dernier se voyait désigné dans tous les marchés publics intéressants.

Ayant lui-même passé son enfance dans les cités sociales fontainoise, Marc Minneboo en était devenu le directeur à l’âge de 25 ans. "J’ai dénoncé toutes ces malversations. L’achat d’un tapis d’Orient, le voyage au Mexique sur le compte du Foyer, c’est moi qui l’ai mis en évidence. J’ai réduit drastiquement les frais de fonctionnement. Et finalement, dans la chasse aux sorcières (lisez les socialistes corrompus) qui animait les enquêteurs de l’époque, je suis devenu un dégât collatéral."

En 2010, Marc Minneboo est condamné par le tribunal correctionnel aux côtés d’Antoinette Aloé et de l’architecte Hollemans. Mais le juge l’acquitte pour la plupart des préventions. "On m’a juste reproché d’avoir eu une responsabilité morale dans deux préventions qui concernaient des avantages (voiture et indemnités) conservés par la directrice gérante lors de ses congés maladie. J’avais consulté le secrétariat social et, pour le Foyer fontainois, c’était une opération blanche".

S’estimant totalement innocent, Marc Minneboo a interjeté appel pour obtenir un acquittement total et rétablir son honneur. "Mais mon avocat de l’époque ne s’est pas présenté le jour du procès. Le juge a refusé de reporter l’audience et m’a condamné pour l’ensemble des faits, y compris ceux pour lesquels j’avais été acquitté en première instance. J’ai donc introduit un pourvoi en Cassation. Mais là encore, mon avocat a rendu son mémoire hors délais et mon pourvoi a été rejeté. J’étais anéanti."

Outre la peine de prison avec sursis, Marc Minneboo se voit réclamer 166.000 euros, solidairement avec les deux autres prévenus. Malgré le coup de massue et les quolibets, il ne perd pas espoir et reçoit le soutien de Me Jean-Pierre De Clercq, qui lui-même fut au centre de dossiers politico-financiers. "Il a vu tout de suite que j’avais été injustement condamné. Et il a produit toutes les preuves que j’avais en ma possession devant la 5e chambre civile. La juge m’a finalement donné raison, en fustigeant le comportement de mon ancien avocat, qui, dit-elle, m’a privé d’une chance certaine d’être acquitté ou d’obtenir une Cassation. J’ai obtenu 31.500 euros de dommages, somme qui sera versée au Foyer fontainois, puisque je suis toujours tenu à l’arrêt de la cour d’appel."

Rétabli dans son honneur, Marc Minneboo hésite encore à se rendre à la Cour européenne des Droits de l’Homme. "Mais pour l’instant, j’ai surtout envie de tourner la page", confie-t-il.

"Mes proches ont beaucoup souffert"

La médiatisation du scandale du Foyer fontainois a frappé de plein fouet la famille de Marc Minneboo. Mis au devant de la scène et condamné au pénal, il a été catalogué, par beaucoup de gens, comme un corrompu parmi les autres. "A l’école, mes enfants en ont pâti", explique-t-il, les larmes aux yeux. "Lorsque mon pourvois en Cassation a été rejeté, j’ai démissionné de mon poste de 1er échevin. J’ai repris mon boulot d’enseignant. Mais il suffisait à mes élèves ou à mes collègues de taper mon nom sur Google pour que je sois à nouveau honni. Si j’avais été coupable, j’aurais courbé l’échine. Mais quand vous vous savez innocent et qu’on vous traite de voleur, le sentiment d’injustice est particulièrement puissant. J’ai eu des pensées morbides à une époque mais ma femme, mes enfants et de nombreux Fontainois qui croyaient en moi m’ont permis de garder la tête hors de l’eau."

Marc Minneboo ne se présentera pas sur la liste communale du PS. Pour l’instant, la politique ne fait plus partie de son plan de carrière. "J’étais jeune et naïf. J’ai gravi rapidement les échelons et certains ont décidé de me tuer. Je ne veux plus faire de la politique à n’importe quel prix et n’importe comment. Avec le recul, j’ai compris qu’on pouvait aider les gens sans forcément avoir un mandat."