Hainaut Évincés de leurs partis, deux hommes politiques (PS et MR) remontent la pente.


On peut très officieusement annoncer une troisième liste pour les élections communales de 2018 à Fontaine-l’Évêque : en plus du PS et du cartel "Mieux Demain" (MR-CDH-Ecolo), une nouvelle option "Union des bourgmestres" devrait voir le jour la semaine prochaine.

Noël Van Kerckhoven, actuel bourgmestre PS, et Philippe Seghin, ex-bourgmestre MR, se tiendront par la main pour respectivement tirer et pousser leur nouvelle liste.

"On va défendre nos idées et nos projets pour Fontaine", confirment les deux hommes. Une alliance du rouge et du bleu qui pourrait bien donner des affiches mauves… même si tout cela est, on l’a dit, encore très officieux. "Il reste encore quelques candidats à trouver, et toute une série de choses à faire, mais on peut faire mal", explique Philippe Seghin.

La tâche ne sera pas aisée, mais en une grosse semaine de discussions, réflexions et négociations, les choses pourraient difficilement aller mieux. "On m’a prié de partir du PS, j’étais fatigué après tous les coups de couteau qu’on m’a plantés dans le dos en interne", abonde Noël Van Kerckhoven, que le parti a officiellement mis de côté pour "raisons de santé". "J’ai pris du repos, j’ai discuté, j’ai réfléchi… et je me suis lancé pour remonter la pente. Une partie du travail était déjà faite, puisqu’une des choses qu’on me reprochait en interne, c’est de pactiser avec Philippe Seghin, qui aux dernières nouvelles n’est pas le diable…" On notera à ce propos que des réunions, elles aussi très officieuses, se sont pourtant tenues dans les mois précédents entre Jean-Claude Van Cauwenberghe pour les socialistes, et Philippe Seghin, dans le but de créer une liste d’union des bourgmestres, justement. Une idée finalement rejetée à l’USC de Fontaine.

"Je pensais que j’étais définitivement hors-jeu", reprend Seghin. "Le MR m’avait proposé de soutenir Siciliano, ce qui était hors de question après les problèmes rencontrés en 2012, l’alliance au PS avec Noël avait été refusée par l’union socialiste, et enfin que mes contacts avec Défi n’ont finalement pas pu aboutir sur du concret. La mort dans l’âme, je m’étais fait une raison. Mais là, c’est reparti."

Le projet sera présenté en temps et en heure, mais on sait déjà qu’il sera "réaliste vu les finances communales".

Ils seront exclus du PS et du MR

Tant au PS qu’au MR, le ROI (règlement d’ordre intérieur) et ses statuts font loi. Chez les socialistes, l’article 2, paragraphe 6, exclut du parti toute personne qui se présente sur une liste autre que celle du Parti socialiste. Chez les libéraux, c’est l’article 3 des nouveaux statuts votés l’année passée qui fixe une règle similaire. Sauf en cas de dérogation approuvée par les instances, comme en cas d’un cartel politique par exemple, mais ce n’est ni le cas pour Noël Van Kerckhoven (PS) ni pour Philippe Seghin (MR). Quand la liste sera officiellement présentée, ils seront tous les deux exclus de leurs partis respectifs.

"J’estime de toute façon que depuis le 12 juillet, j’ai été exclu. On m’a prié de partir de la liste, ça a été dur, et je suis affilié depuis très longtemps, mais aujourd’hui ça ne me dérange plus", répond Noël Van Kerckhoven, qui s’estime de toute façon plus à gauche que la ligne officielle du Parti socialiste depuis pas mal de temps. "Je garde mes convictions, mais quand je vois aujourd’hui comment ça se passe au PS, ça ne m’intéresse plus. Il y a des valeurs de gauche qui ne sont plus respectées, des gens qui s’accrochent à leurs mandats, et tout ça c’est le meilleur moyen pour que les gens votent les extrêmes."

Côté Philippe Seghin, même son de cloche. "Je serai exclu", reconnaît dans un haussement d’épaules l’homme politique qui a participé, en ses 48 ans de politique, à la fondation du PRL puis du MR.

De ce qu’on en a appris, ces deux exclusions annoncées n’empêcheront pas d’autres militants de suivre le mouvement. Chez les bleus, il y a déjà eu une vague d’exclusions, et Philippe Seghin ne vient pas rejoindre la liste seul. Chez les rouges, Noël Van Kerckhoven affirme que "même si les candidats de la section locale de Leernes n’ont pas souhaité me suivre, j’emmène des affiliés et des sympathisants avec moi".

Commentaire du journaliste:

Avec près de 1.800 voix en 2012 pour le socialiste et 1.300 pour le libéral, les deux hommes politiques n’ont en effet pas à rougir. Surtout que le troisième gros score de l’entité, Marc Minneboo, anciennement au PS, semble ne plus vouloir se présenter depuis ses démêlés judiciaires dont il est aujourd’hui blanchi. Cependant, Noël Van Kerckhoven doit porter le poids de son bilan, qui s’il n’est pas mauvais n’est pas non plus excellent (on lui reproche notamment pas mal de passivité dans de nombreux dossiers), sans parler du fait qu’il ne sera plus poussé dans le dos par l’étiquette "PS". Et Philippe Seghin devra à la fois convaincre qu’il peut toujours diriger une commune à 80 ans et que sa participation à l’Union des bourgmestres n’est pas de l’opportunisme (il avait affirmé haut et fort se retirer de la vie politique il y a plusieurs mois). Vient alors le second problème : sauf en cas de majorité absolue (ce qui est très peu probable), il faudra discuter avec les autres listes après le scrutin. Et ni Van Kerckhoven ni Seghin ne s’entendent avec Michel Siciliano, la tête de liste MR-MCC de "Mieux Demain". Quant au PS, on peut aisément l’imaginer réticent à négocier avec une personne qui a été exclue du parti. Est-ce qu’ils ne se condamnent pas, dès lors, à rester dans l’opposition ? Sauf si, comme ça s’est déjà vu à Fontaine, une des listes explose après les votes… et là, ils deviendraient incontournables.