Hainaut

A moins de cinq mois des élections communales, aucune formation politique ne proclame: «Fontaine, je ne boirai pas de ton eau». Même si le coût (subsidié à 90pc) et l'opportunité de la mini-galerie de jets d'eau, sur la Grand-Place, ont animé les débats publics et les discussions informelles dans le Grand Mons, le chef de groupe Ecolo au conseil communal, Jean-Pierre Viseur résume bien l'état d'esprit général: «Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau de la fontaine!».

Durant cette mandature, Mons a mis le pied à l'étrier de projets «grandeur culture», en rénovant ses infrastructures, telles le Théâtre Royal, les Anciens Abattoirs et les Arbalestriers, et en faisant d'un ancien manège un grand cocon lumineux des arts de la scène. En 2009, la Belgique devra décider quelle ville elle proposera à la candidature de capitale européenne de la culture pour 2015, une échéance double, puisque le projet de ville ou contrat d'avenir local s'est donné une décennie pour mûrir et éclore.

Dans le calendrier du Montois, il est en tout cas un événement qui attire tous les suffrages: le Doudou, auquel assisteront, le 11 juin, Sa Majesté la Reine Paola et Sa Majesté le Roi Albert II.

Changements

Si ces éléments contribuent indéniablement à créer et consolider des liens entre toutes celles et tous ceux, mandataires ou non, qui sont viscéralement attachés à leur ville, le consensus général qui caractérise la politique montoise n'amenuise en rien les velléités de chaque formation. Encore moins en période pré-électorale. C'est de bonne guerre, même en situation de paix.

S'il le pouvait et si les résultats du 8 octobre le lui permettent, le MR (qui dispose de 6 sièges sur 45), partenaire du PS (30 sièges) depuis 2000, ferait volontiers sienne la formule «Plus de bleus dans les rues», utilisée au sujet de la présence policière dans la cité. Ecolo, qui compte 4 sièges (et est représenté au conseil communal depuis 1982), assure sans relâche son rôle d'opposition mais considère que tout est encore à jouer, en termes de future majorité communale. Jean-Pierre Viseur, tête de liste, explique que les candidats «sont à l'image de la population, jeunes et moins jeunes, nous avons voulu une diversité représentative des citoyens, et non d'une catégorie de citoyens».

Quant au CDH, qui dispose également de 4 conseillers, s'il (le PSC d'alors) a connu une période ininterrompue d'alliance avec la majorité PS, de 1964 à 1989, puis une nouvelle alliance de 1994 à 2000, il a choisi «le renouvellement», insiste Alain Martin, président d'arrondissement. Etant donné les récents remous dans la constitution de la liste, il préfère ce terme à «rajeunissement».

Emmanuel Tondreau, le candidat qui, dans la proposition du CDH montois, occupait la deuxième place, a été remplacé par un plus jeune, selon une décision du comité restreint du CDH national. «Les statuts du parti sont très clairs à ce sujet» précise Alain Martin, «le comité de section propose, mais le national a un droit d'évocation».

L'amertume du militant concerné a en tout cas retenu l'attention du MR, et c'est un euphémisme puisqu'Emmanuel Tondreau pourrait figurer «en bonne place», nous dit-on, sur la liste libérale.

Richard Miller, échevin des Finances, mène cette liste et s'est adjoint la contribution de «candidats de tous formats, de tous âges», dont le passionné d'horloges précieuses, Elie François Duesberg, fondateur et conservateur du musée du même nom.

Au PS, la tête de liste, Elio Di Rupo a toutes les cartes en mains, selon plusieurs observateurs. Le bourgmestre, en titre depuis son accession à la présidence du gouvernement wallon, travaille en concertation avec le bourgmestre en fonction, Jean-Claude Carpentier. Mais on sait que, dans son grand écart entre Mons, Namur et Bruxelles, Di Rupo veille constamment à ce qu'aucune des assiettes ne tombe des longues perches sur lesquelles elles sont posées.

Consensus large

En ces temps de crise structurelle au sein de son parti, il médite plus que jamais sur la relativité des majorités absolues... «En 2000, alors que nous avions une majorité absolue écrasante, j'ai estimé qu'il était utile de travailler avec d'autres formations politiques» souligne-t-il, car une ville doit être gérée dans le plus large consensus possible. «Nous n'avons par exemple jamais tenu de réunion préparatoire du collège sans le collègue MR».

Ses interlocuteurs, de la majorité ou de l'opposition, peuvent en tout cas trouver un consensussur un point: le PS, oui, «mais avec nous».

© La Libre Belgique 2006