Hainaut Entretien

Au lendemain de la mort inopinée de Philippe Grollet dans sa maison d’Ohain, Pierre Galand, le président du Centre d’action laïque rend hommage à son prédécesseur pour "La Libre Belgique".

La mort de Philippe Grollet est une perte pour le monde laïque belge…

Comme président du Centre d’action laïque, je suis un peu orphelin depuis mercredi. Philippe était un homme qui avait une grande capacité relationnelle. Prendre sa succession après dix-neuf ans de présidence ne fut certainement pas évident mais il m’a toujours témoigné une grande fraternité. Par la suite, il fut encore à la fois présent et absent dans la vie du mouvement mais on ne pouvait certainement pas le considérer comme une belle-mère. Il rayonnait de manière extraordinaire par ses convictions et c’était revigorant pour nous tous car il pratiquait intégralement le libre examen en toutes circonstances. Ce n’est pas un hasard si pendant ses études il présida le Librex à l’ULB de 1973 à 1975.

Dans l’annonce de sa mort par le CAL, on l’a présenté comme un infatigable défenseur de l’eudémonisme…

Il l’était ! Je n’ai jamais vu quelqu’un qui entendait autant profiter de l’existence. Il disait qu’il n’avait qu’une vie et qu’il en fallait en profiter. Pour lui, le bonheur était le but de toute action. En s’investissant dans ses plaisirs mais aussi pleinement dans son travail car là non plus il ne comptait pas son temps. Il a aussi écrit une série de textes très remarquables là-dessus.

Il a beaucoup apporté aussi à la laïcité belge.

Oui, car au sein des instances bruxelloises puis fédérales du CAL, il a fait progresser tellement de dossiers en trouvant chaque fois les interlocuteurs utiles. Je pense à ses liens avec Roger Lallemand pour l’IVG ou avec Jacqueline Herremans pour l’euthanasie. Il a vraiment inscrit la laïcité belge dans le XXIe siècle.

Avait-il senti la montée des intégrismes religieux ?

Il avait à la fois une vision très ferme à ce sujet et le sens du dialogue, d’un dialogue profond et sincère avec les personnalités ouvertes et de bonne volonté d’en face. Il échangeait souvent des e-mails avec Gabriel Ringlet ou Eric de Beukelaer poursuivant les débats qu’il lui arrivait de mener avec eux. D’accord, il n’était pas toujours très diplomate mais ses prises de position étaient toujours empreintes d’un grand respect humaniste. En fait, plus qu’un libre exaministe, c’était un vrai libertaire tout en étant très libéral de pensée. Il se battait au fond avec acharnement pour la liberté de chacun mais poussait aussi très loin le refus du conformisme