Hainaut

Denis Bernard pousse la porte de la maison de repos et se dirige vers la salle de kinésithérapie pour se changer. Il en sort vêtu d’une longue veste grise et d’un nez rouge. En l’espace de dix minutes, il est entré dans la peau de Willy, le clown empathique qui rend visite et donne du réconfort aux personnes solitaires du home tournaisien "La Providence."

Artiste, intuitif et en constante recherche de contacts humains, il a suivi une formation de metteur en scène et de clown et est parfaitement capable de s’adapter aux réactions des seniors. Aujourd’hui, l’ergothérapeute du home lui a transmis une liste de onze chambres dans lesquelles sa visite serait la bienvenue.

Il sait qu’il n’aura peut-être pas le temps d’aller partout : le temps passé dans chaque chambre n’est pas fixé à l’avance, il dépend de l’accueil et des besoins de chaque résident. Willy monte au premier étage, sourit avant même d’entrer dans le couloir et s’approche d’une première chambre. La porte est ouverte, mais il frappe avant d’entrer. "Ce n’est pas vrai, il est revenu", s’écrie Elizabeth, 92 ans, alitée dans sa chambre, en apercevant le nez rouge dans l’embrasement de la porte. Ils s’échangent quelques mots, elle lui dit qu’elle va bien, que "tant qu’on vit on est bien".

Son visage s’éclaire dès les premières notes d’accordéon. "C’est le même morceau que la dernière fois", lui glisse Willy à l’oreille. "J e ne me souviens pas de la dernière fois, il y a trop longtemps que vous n’êtes pas venu", répond-elle, un peu gênée. Il lui promet de revenir très vite, l’embrasse avec affection et ajoute avant de partir "vous êtes ma préférée".

Dans le couloir, Julia attend, appuyée sur sa tribune. Le son de l’accordéon a attisé sa curiosité. Willy s’avance vers elle, la salue, mais elle le prévient : "Pas d’accordéon dans ma chambre, moi je n’aime pas tout ce qui est lié à l’amusement". Elle se recule quand il s’approche d’elle mais lui propose quand même d’entrer, juste deux minutes, avant de lui faire comprendre qu’elle préfère qu’il s’en aille.

Willy s’exécute de bonne grâce, il n’est pas là pour s’imposer, bien au contraire. Il s’éloigne alors vers la chambre de Marie-Madeleine. Son moral est au plus bas, elle le lui annonce d’emblée. Willy s’approche, entame la conversation, esquisse quelques mimiques qui finissent malgré tout par la faire sourire. Julia l’a suivi dans le couloir, elle observe la scène et nous confie tout bas : "Ça y est, elle rit" !

Marie-Laure, elle, ne dira rien. Mais ses yeux expriment ce qu’elle ressent et sa joie de voir Willy. Le clown a parfaitement rempli sa mission : il a su dessiner, sur ces visages un peu tristes, des sourires sincères.