Le journaliste français Jean Quatremer dénonce des tentatives de censure à Mons

C.Ti. Publié le - Mis à jour le

Hainaut Le journaliste dénonce des tentatives de censure.

"Pour la première fois dans ma longue vie de journaliste, j’ai dû batailler contre des tentatives hallucinantes de censure de la part de la direction d’un musée", écrivait le journaliste, Jean Quatremer sur le blog de Libé, les coulisses de Bruxelles.

En cause ? Une exposition "Ceci n’est pas l’Europe, 120 caricatures d’actualité" construite au Mons Memorial Museum (MMM) et pour laquelle il a réalisé une dizaine d’articles à la demande de son commissaire, Nicolas Vadot. Et c’est bien par amitié pour les dessinateurs de presse, Vadot et Plantu, que le journaliste n’a pas retiré ses billes.

"Ça fait 30 ans que je suis journaliste, j’ai écrit des livres, participé à des documentaires… Et ça ne m’est jamais arrivé de devoir batailler pendant trois mois pour que le fond de mes textes ne soit pas changé. Nous acceptons parfois de retravailler un texte, de revoir la forme et/ou de s’adapter aux médias pour lequel on travaille. Ici, c’était la toute première fois que je faisais face à une dizaine de tentatives de modification sur le fond de mes articles."

Le journaliste est sidéré. "Je suis plus que scandalisé. Ce sont des méthodes dignes des régimes autoritaires. À part dans les pays communistes, je n’ai jamais vu cela. Ils ont cru qu’ils allaient pouvoir tenir la plume d’un journaliste ? ! C’est vraiment inacceptable."

Dans son papier, Quatremer cite, par exemple, qu’il ne pouvait pas écrire que la Grèce avait "menti" sur son chiffre de déficit mais a "masqué la réalité", que l’Europe était "la région la plus calme et la plus prospère au monde" ou encore que "toutes les enquêtes d’opinion montrent que les citoyens se méfient encore plus de leur État que de l’Union"…

Des mots qui n’ont pas plu à la direction du Pôle muséal de Mons. "Après trois mois d’échanges, je voulais retirer mes textes, je ne voulais pas aller plus loin, ça devenait humiliant. Je ne l’ai pas fait par amitié pour Vadot et Plantu. J’ai donc accepté beaucoup d’adaptations essentiellement de forme." Au final, ses textes ne seront que dans le catalogue. "Ultime tentative du musée pour marginaliser mon travail : qualifier mes articles de billets d’humeur et non de billets, comme cela était convenu. Heureusement, Vadot s’y est opposé. C’est à la fois hilarant, sidérant, inquiétant et surtout épuisant de bêtise."

Le directeur du Pôle muséal (et donc du MMM), Xavier Roland, dément toute censure. "La preuve est que les textes ont été publiés. Nous lui avions simplement suggéré de compléter et de nuancer ses billets afin qu’ils soient accessibles à tous. Nos musées sont des lieux pédagogiques et didactiques. Nous aurions voulu créer un espace de dialogue avec le journaliste, ce qui n’a pas été possible mais il n’y a eu aucune censure."

À n’en pas douter, de sa participation à l’exposition montoise dont l’essence même du propos est la liberté d’expression, Jean Quatremer en gardera une plume acide.