Hainaut

Pierre Clynhens aurait été agressé par au moins cinq "supporters".

L’enquête sur le meurtre de Pierre Clynhens (42 ans), tabassé mortellement durant la nuit de samedi à dimanche à Jamioulx, avant à vitesse grand V. Et elle se concentre essentiellement sur les Storm Ultras, ce groupe de supporters du Sporting de Charleroi qui s’était rassemblé après le match contre l’Antwerp dans une salle de la plaine d’Andrémont, où le corps de la victime a été retrouvé.

Dimanche soir déjà, un jeune de 17 ans a été privé de liberté et déféré le lendemain devant le juge de la Jeunesse qui l’a relaxé. L’un des leaders des Storm Ultras s’était quant à lui livré spontanément, expliquant avoir assisté à la bagarre sans avoir porté de coups. Selon les premiers éléments, une altercation aurait éclaté entre deux membres de son groupe de supporters. Les deux hommes étaient bien imbibés et se disputaient à propos d’une femme. La bagarre s’est déroulée sur le parking et, dans l’échauffourée, les deux jeunes ont cogné plusieurs voitures. Dans l’une d’entre elles se trouvait Pierre Clynhens. Dépressif suite à son divorce, ce dernier avait l’habitude de se garer à cet endroit pour écouter de la musique et se remémorer les bons moments passés avec son fils sur la piste Hébert. Ayant ressenti un choc à son véhicule, il serait donc sorti de l’habitacle et aurait fait usage d’un spray lacrymogène, neutralisant le leader des Ultras qui tentait visiblement de ramener le calme.

C’est alors que la bagarre a pris une autre tournure et que Pierre Clynhens est devenue la cible principale. Au moins cinq Ultras ont participé à cette scène au cours de laquelle le quadragénaire a reçu de nombreux coups. Une fois au sol, il aurait reçu un « shoot » dans la trachée, ce qui aurait causé son décès.

Deux majeurs d’une vingtaine d’années, Donovan et Sébastien, ont été déférés devant le juge d’instruction lundi et placés sous mandat d’arrêt pour meurtre. Deux autres suspects sont quant à eux auditionnés pour l’instant.

Qui sont les Storm Ultras ?

Les supporters qui se rendent régulièrement au Stade du Pays de Charleroi connaissent bien les Storm Ultras, ce groupe de fans du RCSC créé en 2001. Massés dans la tribune 4, ils sont les plus fervents, les plus bruyants des spectateurs. Ce sont eux qui déploient les banderoles les plus impressionnantes ou allument des tifos, parfois sans autorisation, ce qui a déjà entraîné des interdictions de stade.

Malgré ce que pourrait sous-entendre leur appellation, les Ultras ne sont pas à confondre avec des hooligans. « Ce sont des ultras afficionados, mais dans le bon sens du terme », commente un père de famille qui s’est fait membre du groupe pour profiter des déplacements. « Les leaders sont des gens plus mâtures qui veulent vraiment redorer le blason de leur groupe et de leur ville. Récemment, leur lancer de nounours sur le terrain au profit des enfants défavorisés a fait le tour du web. Des milliers de peluches ont ainsi été récoltées ».

Cependant, les Storm Ultras comptent parmi eux une toute petite poignée de jeunes écervelés qui cherchent souvent la bagarre, n’hésitant pas à se frotter avec d’autres clubs de supporters. En mai dernier, une vingtaine d’Ultras avaient fait irruption lors d’une rencontre de foot en salle amateur, simplement parce que des supporters du Standard y assistaient. Leur intervention violente avait semé la panique et nécessité l’intervention des forces de l’ordre. « Les leaders, qui veulent vraiment donner une image positive, déplorent ce genre de comportements qui n’impliquent que quelques imbécile sur un groupe de 300 personnes. Mais ils ne peuvent pas contrôler tout le monde et malheureusement, cela rejaillit sur tout le monde », poursuit notre témoin.

Dans un communiqué, les Storm Ultras ont fait savoir qu’ils suspendaient toutes leurs activités, y compris au stade, tant que la clarté n’a pas été faite sur cette enquête. L’un des leaders, qui a assisté au drame de Jamioulx, s’est d’ailleurs présenté à la police spontanément pour collaborer aux investigations. F.D.