Hainaut

Arnaud Dupont, 26 ans, est chauffeur de bus depuis 4 ans. Vendredi, vers 19h, deux jeunes âgés de 15 à 17 ans montent dans son bus à Chapelle, en direction de La Louvière. Arrivé aux abords de l'Athénée de Morlanwelz, quelqu'un actionne la sonnette. Arnaud s'arrête donc. Soudain, l'un des deux adolescents se rue vers lui et le braque avec un revolver. "Donne-moi la caisse ou je tire !" Le chauffeur ne se laisse pas intimider : "Je sais que c'est un faux, je ne te donnerai rien."

Il essaye alors de saisir l'arme du malfrat. C'est là qu'il sent le froid du métal entre ses mains. Le revolver n'était peut-être pas un jouet... Arnaud lui montre alors la caméra qui filme la scène, ce qui met l'agresseur en fuite. Quant à l'autre adolescent, qui n'est jamais intervenu, il est descendu tranquillement... à l'arrêt suivant. Peu après, les contrôleurs sont venus prendre Arnaud en charge. Plainte a été déposée à la police fédérale.

Samedi, le conducteur était encore sous le choc. Ses 79 collègues du dépôt louviérois ont débrayé en signe de soutien. Une grève émotionnelle qui a paralysé le Tec du Centre tout le week-end. Il faut dire que c'est la cinquième agression en 15 jours !

La semaine dernière, un bus s'est ramassé une volée de pavés à Saint-Vaast, place du Jeu de Balle. Quelques jours auparavant, un conducteur s'était fait cogner le visage contre son pare-brise. Voilà pour les faits les plus graves, en laissant de côté les insultes quotidiennes... "Mais c'est l'arme qui a fait déborder le vase, explique Jean-Luc Rodric, délégué CGSP. Nous sommes conscients des efforts de la direction : caméras dirigées vers le chauffeur, ligne directe vers le dispatch... Mais ce n'est plus suffisant pour assurer notre sécurité. Il faudrait une mise au point avec tous les hommes de terrain, policiers, APS ou contrôleurs."

Parmi les chauffeurs, la colère gronde. Ils redoutent qu'un sentiment d'impunité s'installe chez les agresseurs. "Il faut que les gens pris sur le fait soient punis aussitôt, ne fût-ce que de travaux d'intérêt général", lance Hugo Miraglia, de la CSC-Services publics. En attendant, les 150 bus étaient à l'arrêt. L'assemblée générale du personnel louviérois devait décider ce lundi matin, à 4h, des suites éventuelles de leur action.

© La Libre Belgique 2006