Hainaut

On ne présente plus le Ruffus et le Chant d’Eole dont les vignobles sont distants de quelques kilomètres. Et non loin de là, à Nouvelles, des vignes pourraient bientôt être plantées pour élaborer un nouveau vin effervescent élaboré lui aussi selon la méthode traditionnelle.

Officiellement, on ne peut pas parler de champagne, l’appellation étant réservée au seul breuvage produit dans la région du même nom. Mais c’est bien le même nectar qui sort de nos terres. Et de toute évidence, nos contrées régionales sont propices à faire sauter les bouchons.

La raison ? "C’est la craie", répond Christian Dupuis, professeur à la faculté polytechnique de l’UMons. "Cette roche très particulière occupe une grosse partie du bassin parisien qui remonte jusqu’à chez nous. C’est évidemment un ensemble géologique très vaste, mais dans une partie importante de Champagne, la craie y est très présente. Et on en retrouve une petite apophyse dans le bassin de Mons. On peut d’ailleurs le remarquer le long de la route de Beaumont : il y a un grand relief formé par la craie. La qualité du sol joue un rôle déterminant, mais c’est évidemment l’ensemble du terroir qui rend la région propice à ce type de vin."

La qualité du sol explique pourquoi les bulles ont le vent en poupe dans notre région. Un sol bien implanté depuis des lustres. Pourtant, cela ne fait qu’une quinzaine d’années que nos terres pétillent. "Il a fallu la folie et la passion de certaines personnes pour montrer que c’était possible", rappelle Cyril Jonot, du Chant d’Eole. "Avec son ami champenois Thierry Gobillard, Raymond Leroy a relevé le défi et a ouvert la voie."

Pas gagné d’avance

Le Ruffus est effectivement pionnier sur nos terres. Mais rien n’était gagné d’avance. "Il a fallu attendre que les techniques le permettent et il fallait des moyens pour lancer le projet, témoigne Arnaud Leroy, du Vignoble des Agaises. Un groupe d’amis s’est lancé dans l’aventure, par passion. Car d’un point de vue financier, ce n’était pas forcément le meilleur plan d’investissement. Mais le projet a pris et la structure s’est professionnalisée, grâce à l’attrait grandissant pour les produits locaux, et grâce au changement climatique qui nous a fait gagner un ou deux degrés ces dernières années."

En effet, au-delà du sol, le climat constitue un autre facteur crucial. "Beaucoup de vignobles belges s’étaient lancés dans le vin tranquille, explique Eric Boschman, spécialiste des vins. Mais notre climat n’est pas encore au point pour ce type de vin, malgré le réchauffement. Par contre, pour les vins effervescents, nous sommes au point. Il y a donc une tendance très forte pour ces vins. Au niveau mondial, mais aussi chez nous. D’ailleurs, le plus grand vignoble de Belgique, le Domaine du Ry d’Argent, est en train de réorienter le plus gros de sa production vers les bulles."

De la craie, une petite poussée du thermomètre et un brin d’audace… C’est ce qu’il fallait pour faire de notre région la petite Champagne de Belgique.