Hainaut Le docteur Lechien dénonce l’instrumentalisation de la médecine à des fins partisanes.

Les révélations quant à l’entrée en politique du médecin généraliste David Bouillon sur la liste "Mons en mieux" de Georges-Louis Bouchez (MR) n’est pas passée inaperçue dans la cité du Doudou.

Si le dynamisme du docteur glinois en faveur des personnes plus fragilisées est reconnu, il pose aussi une série de questions auprès d’autres médecins de la région sur les plans déontologique, éthique et humain.

Le docteur Jérôme Lechien, très proche du mouvement Citoyen, a d’ailleurs un regard critique sur la démarche aujourd’hui politique de son confrère. Il tire à boulets rouges non pas sur les actions menées mais sur les méthodes employées dans le cadre des élections par le docteur Bouillon. Selon lui, une limite a été franchie. "Inscrit dans le serment que nous avons prononcé, nous ne pouvons, en aucun cas, instrumentaliser les patients dans notre métier à des fins personnelles", dénonce-t-il.

Exposer la maladie

"Le projet des pharmacies solidaires porté par mon collègue David Bouillon est né d’une réflexion commune que nous avons lancée", explique-t-il. "L’objectif était d’aider des gens d’une façon inconditionnelle pour lutter contre la dégradation de l’accès à des soins de santé de qualité. Notre démarche était citoyenne et apartisane. […] A aucun moment le projet ne devait servir à mettre en avant des candidats aux communales. D’ailleurs ceux qui s’y présentaient n’en étaient absolument pas les porte-parole."

Depuis, les visages ont été dévoilés. "En tant que médecin, nous réalisons tous une médecine sociale, dévouée, et humaine auprès de personnes défavorisées et fragilisées. Mais en aucun cas, il nous est permis d’exposer la maladie, la misère et la souffrance de nos patients à des fins de carrière personnelle, ici politicienne. Tel est le serment que nous avons tous prononcé et l’éthique que nous devons tous respecter. […] Jamais je ne me serais imaginé que l’un d’entre nous en arriverait à exposer aux médias et sur les réseaux sociaux des personnes fragilisées psychiquement et physiquement, souvent peu conscientes des fins relatives à l’exposition."

Reste qu’en rendant publiques ses actions, le docteur Bouillon le fait avec l’accord de ses patients. "Qu’un patient prenne de son propre chef la décision de s’exposer est une chose mais qu’un médecin s’en serve lui-même pour organiser une propagande politique est une véritable dérive à l’égard de notre déontologie", rétorque le docteur Lechien. "Beaucoup de médecins sont engagés politiquement dans des partis, occupant de hautes fonctions, et je n’ai jamais observé une telle dérive à des fins électoralistes, voire clientélistes. Les personnes démunies ont besoin qu’on les aide, pas qu’on instrumentalise leur situation à des fins peu louables."