Hainaut Homme politique comme on en fait peu, Paul-Olivier Delannois revient sur cette dernière législature

Paul-Olivier Delannois (PS) a toujours été attaché à sa ville de Tournai. Entré au collège communal en 2010 comme premier échevin, il est désigné bourgmestre ff deux ans plus tard après avoir réalisé le deuxième meilleur score de la liste PS derrière Rudy Demotte.

Quel bilan peut-on tirer de cette législature ?

"Je pense que c’est le collège qui a travaillé le plus dans pas mal de domaine. Il s’est entendu beaucoup mieux que le précédent. Je me souviens de bagarres en 2000, en 2006 où cela se passait mal. En six ans ici, je n’ai jamais dû hausser le ton au collège. Tout s’est très bien passé entre socialistes et libéraux. Chacun a toujours pu s’exprimer."

Pourtant, au soir des élections, la cohabitation ne semblait pas évidente avec le MR

"Je crois que, au soir des élections, la grosse question était surtout de savoir comment on cohabiterait Rudy Demotte et moi-même. Finalement, nous avons vite compris qu’on était complémentaires et que les querelles intestines, dont le citoyen n’a que faire, ne menaient à rien."

Était-ce plus difficile de travailler avec l’approche des élections ?

"Au sein du collège non, parce que la loyauté a relativement continué à être de mise. Par contre, à l’extérieur, je n’ai pas nécessairement vu cette même loyauté auprès de tous. C’est dommage. Je n’ai, par exemple, jamais compris l’attitude de Marie-Christine Marghem sur certains dossiers où elle disait blanc le matin et noir le soir, ce n’est pas correct. Ce n’est pas ma logique, j’ai toujours tout assumé, je voudrais que tout le monde fasse la même chose."

Ces attitudes ont-elles fragilisé une reconduction de la majorité ?

"Je pense que les jeux sont effectivement ouverts. Marie-Christine Marghem crie haut et fort qu’elle veut être bourgmestre. Donc, pour tout politologue averti, ça veut dire qu’elle veut nous foutre dehors. Ce n’est pas ainsi que je vois la politique. Je pense d’abord pour Tournai avant de dire que je veux être là. J’agis pour Tournai et pas en fonction du soir du 14 octobre. On me voit rarement taper sous la ceinture d’un candidat aux élections alors que je n’ai pas ma langue dans la poche."

Cette campagne est-elle particulièrement dure ?

"Oui ! C’est une sale campagne parce que c’est pratiquement la première avec les réseaux sociaux. En 2012, ils n’avaient pas encore cette importance. Certains ne sont guidés que par des désirs de revanche plutôt que de se battre pour Tournai. Ils préfèrent attaquer la personne plutôt que les idées…"

En parlant d’attaques, vous n’avez pas été épargné ces six dernières années. Comment le vit-on au quotidien ?

"Des lettres anonymes, des insultes, etc. On ne s’habitue jamais à la médiocrité ! Je n’ai aucun problème à discuter idées contre idées et d’être attaqué sur les miennes, c’est la démocratie. Par contre, les lettres anonymes où on s’attaque à Ludivine ou aux enfants, que faire ? On ne sait jamais qui est derrière, de quoi ils sont capables. Ça touche donc toujours même si je me fais un point d’honneur à ne jamais le montrer, cela ferait trop plaisir à tous ces cons."

Finalement, Delannois, on l’aime ou le déteste ?

"Oui et c’est dû à ma personnalité. Je ne laisse pas indifférent, soit on m’adore soit on veut me mettre sur le nez. Ce qui est sûr, c’est qu’au soir du 14 octobre je n’aurai aucun regret car j’aurai fait ce que je pense avoir été bien de faire. Effectivement, je sais que je ne me fais pas des amis quand je m’attaque notamment aux marchands de sommeil mais je n’en ai rien à cirer car c’est le problème le plus important à Tournai. Si demain je remplie, ce dossier de dix ans va être une priorité. Des situations sont gravissimes."

Votre mandat a été marqué par plusieurs dossiers chauds, comme le terrorisme.

"Effectivement, on ne s’imagine pas la responsabilité qui entoure le job de bourgmestre. Je n’oublierai jamais l’épisode du Ramdam. J’étais la seule personne à prendre la décision d’annuler le festival ou de faire semblant de ne pas savoir. J’ai donc pris la décision d’annuler. Le monde politique disait tout et n’importe quoi sans en connaître les détails. Encore aujourd’hui, je ne peux rien dire."

Et si le 14 octobre prochain, les électeurs vous désignaient bourgmestre ?

"Si le résultat démocratique le dit, personne ne va le contredire. Les relations avec Rudy Demotte sont bonnes et le resteront."


Le combat

Paul-Olivier Delannois revient sur son combat envers les heures de fermeture des cafés et des boîtes de nuit

Un des principaux combats de Paul-Olivier Delannois lors de cette législature aura concerné la réglementation des heures de fermeture des bistros. Une mesure qui avait fait grand bruit.

"Quand je rencontrais toute une série de bistrotiers, il y avait un groupe qui parlait de façon unie. Et quand je les rencontrais de façon individuelle, on se rendait compte que cette unité était de façade. Souvent, ces gens me disaient que s’ils n’avaient pas fait leur caisse vers minuit-1 h, ils ne la feraient plus. Une grande majorité a accepté et partagé ma position."

Cette réglementation, le bourgmestre ff de la cité des Cinq Clochers assure l’avoir aussi prise pour la sécurité des jeunes. "Certains me disaient que, à une certaine heure, ils récupéraient ceux que les autres ne voulaient plus. Cela voulait dire que la clientèle correcte et fidèle était victime des agissements de ces gugusses. Je protégeais aussi les jeunes et d’aucuns l’auront compris."

Finalement, la mesure semble être entrée dans les mœurs. "Au début, j’étais la dernière des crapules pour certains mais je me rends compte que Mouscron va finalement suivre. En politique, il est parfois dangereux d’avoir raison trop vite…"

Paul-Olivier Delannois mène également un combat de plus grande ampleur en ce qui concerne les boîtes de nuit. "Ce que je voudrais, c’est qu’elles ferment à une heure raisonnable, vers 5 h du matin, mais sur l’ensemble du territoire pour éviter un mouvement vers les communes où il n’y a pas d’heure."

Ce combat, Paul-Olivier Delannois l’a donc porté au niveau fédéral. "Malheureusement, les lobbies sont beaucoup trop importants. Il faudra peut-être quelques gros drames pour qu’on y réfléchisse." Il agit donc comme il peut au niveau de Tournai.

"Nous pouvons agir au niveau du permis d’environnement. Quand ces derniers arrivent à échéance, une nouvelle demande doit être introduite et nous pouvons y ajouter des horaires. Cela a été fait pour le Pulse à Gaurain où j’ai imposé 5 h du matin, résultat l’établissement est parti ailleurs. J’en ai encore deux sur le territoire de Tournai et il est clair que lorsque leur permis d’environnement arrivera à échéance, je ferai tout pour leur imposer un horaire si je suis encore là."

Ils sont au moins prévenus ! Le bourgmestre ff espère être suivi. "Un jour ou l’autre, un drame se passera dans une commune voisine. Je demanderai alors aux autres bourgmestres de faire comme moi et de prendre leurs responsabilités. J’ai perdu un frère dans ces circonstances. C’est mon combat…"


La touche Delannois

La touche Delannois ne laisse pas indifférent : soit on aime, soit on déteste

Que peuvent bien avoir en commun Gérard Darmon, Vladimir Poutine et Recep Erdogan en commun ? Ils ont tous reçu un courrier du bourgmestre ff de la cité des Cinq Clochers !

"J’adore l’humour mais il faut être prudent avec cela car parfois cela peut être mal traduit", assure Paul-Olivier Delannois. Évidemment, contacter le président russe et recevoir une réponse, c’est le buzz assuré. Cependant, des raisons bien sérieuses se cachent derrière.

"L’histoire de Poutine, je l’ai fait parce que je me suis rendu compte que j’étais devant un mur et que rien ne bougeait. À Tournai, il y a des ordres de quitter le territoire qui sont répétitifs et qui ne sont jamais mis en application. J’ai aussi écrit à Erdogan pour le jeune journaliste emprisonné en Turquie et je pense que je n’oserais plus aller en Turquie. Pas sûr qu’il ait le même humour que moi…"

Paul-Olivier Delannois ne loupe d’ailleurs jamais devant une occasion de surfer sur l’actualité avec sa touche si particulière. À l’époque, Jacqueline Galant avait interdit la chasse nocturne aux Pokémon au sein de sa commune de Jurbise. Il n’en fallait pas plus pour le bourgmestre ff de poser en compagnie de certains des célèbres Pokémon !

La meilleure façon de faire comprendre à François Bellot que les Tournaisiens ont également droit à pouvoir utiliser les toilettes de leur gare SNCB ? Une reprise d’Allô maman bobo, "Allô Bellot popo" pour l’occasion, avec un clip tourné au sein de la gare de la cité des Cinq Clochers. Buzz assuré et message parfaitement passé ! "C’est comme ça que Bellot a appris à me connaître, c’était une bonne introduction !"

Paul-Olivier Delannois aura également joué du surnom que lui aura attribué la presse, celui de "Shérif" ! "On m’a surnommé comme cela parce que j’étais très réactif. En politique, il me semble que c’est plutôt une bonne chose !


Le modèle

Paul-Olivier Delannois ne doit pas réfléchir longtemps lorsqu’on lui demande qui il considère comme son modèle dans le monde politique. La réponse fuse : Guy Spitaels.

"Je l’ai rencontré à l’ULB où il m’a donné cours. Je n’en ai d’ailleurs jamais raté un seul !", assure Paul-Olivier Delannois. "C’était un petit cours à option, on était dix dans sa classe. C’était vraiment enrichissant."

Le bourgmestre ff de la cité des Cinq Clochers aura croisé le chemin de Guy Spitaels à de nombreuses reprises dans sa carrière.

"Je l’avais à l’époque contacté car j’étais en relation avec Jacques Vergès. Je lui avais alors proposé de venir faire une conférence avec le célèbre avocat. Il m’a dit que, si c’était pour parler de la Yougoslavie, il était mon homme. Si cela concernait la justice, il avait suffisamment donné ! Résultat, c’était une magnifique conférence. C’était deux puits de science extraordinaires."

Plus tard, c’est Guy Spitaels qui sollicitait les services de Paul-Olivier Delannois. "Il avait véritablement apprécié la conférence avec Vergès. Il avait alors voulu remettre le couvert avec Tariq Ramadan. Cela a été compliqué de le joindre mais une deuxième conférence a pu avoir lieu à Tournai. C’était incroyablement enrichissant !"