Hainaut Un don d’1,2 million d’euros aux pompiers leuzois fait l’objet d’une procédure judiciaire.

Un don d’1,2 million d’euros, effectué par un citoyen, Raymond Michiels, décédé en 2013, est au cœur d’une polémique. Ce legs, à destination des pompiers leuzois, avait vocation à être utilisé pour la formation des hommes du feu. Aujourd’hui, l’amicale du poste de secours s’étonne que l’ASBL privée Centre de formation Raymond Michiels utilise cet argent pour construire, sur le site du musée de l’auto, une salle de 300 places qui ne répondra pas au but premier du donateur. Et ce, avec l’aval du bourgmestre. Les travaux semblent avoir commencé.

La zone de secours Wapi a intenté une action en justice.

Le bourgmestre de Leuze, Christian Brotcorne (Idées), a tenu à réagir au communiqué de l’amicale des pompiers l’impliquant dans l’histoire.

"La Ville n’a été ni informée ni concertée quant à l’héritage de Raymond Michiels et quant au procédé notarial ayant abouti à la création de l’ASBL Centre de formation Raymond Michiels", dit-il. "J’ai voulu vérifier la valeur de la procédure utilisée. Interpellé, le ministre des Pouvoirs locaux n’a rien trouvé à redire, pas plus que l’Union des villes et communes de Wallonie. Mieux, le SPF Justice, qui doit donner son aval à des opérations de cet ordre, l’a autorisée. Nous avons donc eu trois feux verts par rapport à la validité de la procédure de création de l’ASBL chargée de gérer cet héritage."

Un terrain vendu à l’ASBL

Christian Brotcorne ajoute que "fort de ces éléments, le conseil communal, unanime, a considéré que sa responsabilité morale était de veiller d’une part à ce que la volonté du testateur soit respectée et d’autre part que les investissements restent bien sur le territoire de Leuze-en-Hainaut."

Le bourgmestre précise encore que le conseil communal a d’ailleurs vendu un terrain à l’ASBL pour qu’elle puisse exécuter les volontés de M. Michiels. "Rien n’interdit de penser que d’autres actions concernant, notamment, le confort des pompiers à l’arsenal puissent être envisagées par les responsables de l’ASBL", assure Christian Brotcorne.


"Nous n’avons jamais voulu agir comme une espèce de vautour"

Paul-Olivier Delannois, président de la zone de secours, met la volonté du défunt en avant.

Président de la zone de secours Wapi, Paul-Olivier Delannois (PS) n’hésite pas à parler à propos de cette affaire d’héritage d’1,2 million d’euros d’un dossier très délicat. "Il ne faut pas oublier que dans toute cette histoire, il y a tout de même un homme qui est aujourd’hui décédé." Et il se veut clair.

"A la zone de secours, jamais nous n’avons voulu agir comme une espèce de vautour prêt à fondre sur un butin. Pourquoi aller en justice ? La seule chose qui nous intéresse, c’est le respect de la volonté du défunt. Et donc de faire quelque chose pour les pompiers de Leuze. Sauf que, depuis la mise en place de la zone de secours de Wallonie picarde, les pompiers de Leuze n’existent plus, puisqu’ils sont englobés dans la zone", rappelle Paul-Olivier Delannois.

"Tout le monde fonce tête baissée"

"La solution logique serait de trouver un système pour que cette somme soit accordée à la zone mais exclusivement destinée à Leuze. Je pense par exemple à des investissements liés à des améliorations de la caserne. Ici, on transfère une somme à une ASBL privée. Or, on parle d’organiser à Leuze des formations pour les pompiers, mais on ne nous demande pas notre avis. Les formations doivent se réaliser dans un certain cadre en termes d’accessibilité, de professeurs. Tout est réglementé et on n’improvise pas comme ça un lieu de formation. C’est un peu comme si on plaçait le logo d’une université à Tournai ou à Leuze sur des bureaux en disant qu’elle va ouvrir une antenne dans la région", signale Paul-Olivier Delannois.

"J’ai l’impression que dans ce dossier, tout le monde ou presque fonce un peu tête baissée. C’est en tout cas mon sentiment. Les pompiers de Leuze ont l’impression d’être floués. C’est pourquoi le collège de zone a jugé bon d’intenter une action en justice. Pas parce que nous voulons absolument récupérer cette somme d’argent mais bien pour faire respecter la volonté du défunt." Cette affaire d’héritage pourrait être évoquée devant la justice dans quelques mois.