Hainaut Près de 15 ans après l’accident industriel, Alain attend toujours.

Alors que l’on vient de commémorer le 14e anniversaire de la catastrophe de Ghislenghien (Ath), certaines des 132 victimes ayant survécu à cette tragédie industrielle survenue le 30 juillet 2004 sur le zoning attendent toujours d’être totalement indemnisées et en arrivent à désespérer de l’être un jour.

C’est le cas d’Alain Gouverneur, ancien judoka de renom qui, le matin du drame provoqué par la rupture d’une conduite de gaz à haute pression de la société Fluxys, travaillait sur le chantier de construction de l’usine Diamant Boart (Husqvarna Belgium) où s’est produite l’explosion meurtrière ayant causé la mort de vingt-quatre personnes.

"J’ai été brûlé au troisième degré sur 50 % du corps mais contrairement à d’autres, mon visage a été épargné car j’ai eu le réflexe de le protéger derrière une machine au moment où tout s’est embrasé. Plusieurs de mes amis n’ont pas eu cette chance et ont été défigurés ou ont perdu la vie", témoigne Alain.

Greffes de peau

Après avoir passé les deux premiers mois ayant suivi la catastrophe aux soins intensifs d’un hôpital parisien, notre interlocuteur a poursuivi sa guérison à l’hôpital des grands brûlés de Neder-Over-Heembeek.

Comme d’autres, ce dernier a subi de nombreuses greffes de peau en raison de la gravité de ses lésions cutanées, pour lesquelles il a dû multiplier les séances de chirurgie réparatrice. Inutile de s’attarder sur les souffrances physiques mais aussi psychologiques qu’il a dû endurer durant son long combat pour réintégrer le monde des vivants. "La force de caractère que j’ai pu acquérir lorsque j’étais sportif de haut niveau m’a aidé à surmonter cette terrible épreuve."

Il n’en demeure pas moins qu’à l’instar d’autres survivants, Alain n’est pas encore au bout de ses peines par rapport au préjudice financier qui en a découlé et devant lequel les victimes ne sont visiblement pas toutes sur un même pied d’égalité.

"Moralement très dur"

"A ce jour, je n’ai été indemnisé que par le fonds de sécurité automobile mis en place par le gouvernement de l’époque alors qu’une grille de répartition plus équitable a été créée par la suite pour que toutes les victimes obtiennent le même dédommagement. A ce niveau-là hélas, nous sommes toujours dans l’attente et l’expectative. On nous donne sans cesse de faux espoirs. Moralement, c’est très dur alors que l’on tente de se reconstruire. A ce jour, j’ai déjà dépensé 60 000 € rien qu’en frais d’avocat."

Agé de 63 ans, Alain Gouverneur espère voir bientôt le bout du tunnel .