Hainaut

Le temps passe. Vite. Dans tous les domaines du savoir et de la vie sociale, nombre de personnes veillent à transmettre la mémoire collective. Pour pilonner l'oubli, le centre culturel "Le Sablon" a choisi le moulin à souvenirs par excellence.

L'exposition place la créature en inox de Victor Simon au centre d'évocations historiques et de créations artistiques. Le récit de son épouse, lasse d'utiliser le pilon et une passoire instable pour préparer la soupe, remplit le passe-vite de tendresse et de (bon) sens.

Les difficultés n'ont pourtant pas manqué : après avoir obtenu le brevet d'invention en 1928, Victor Simon sera confronté à de multiples contrefacteurs - l'un d'eux avait fabriqué 15 millions de passoires sur base du concept du Carniérois ! - et devra intenter des procès en série, surtout en France. Malgré ces tracas judiciaires, l'inventeur s'attache à passer du projet sur papier à sa commercialisation. En 1929, le premier prototype sera fabriqué par l'artisan-tôlier Richard Denis, avec qui l'inventeur créera une usine à Carnières, active jusqu'en 1978.

L'histoire de cette passoire révolutionnaire se raconte par des archives et des pièces de collection (comme ce petit passe-vite d'époque, jouet labellisé "Comme maman"), mais aussi par l'image et le témoignage.

L'interview filmée de Jacqueline, par exemple, donne vie à l'ustensile ménager adulé. Elle l'a reçu en cadeau en 1949, pour son mariage, explique la dame tout en s'adonnant à une démonstration de confection de la chapelure. Jacqueline se souvient que ses tantes empruntaient régulièrement le passe-vite familial, sésame rare et précieux des préparations rapides de soupes et purées !

Dans la salle d'exposition, Claire, de Buvrinnes, se dit "émerveillée, parce que c'est notre patrimoine commun. Il faut que ça se sache davantage, que l'invention vient d'ici, de notre région !". Brigitte, Montoise, souligne le "mécanisme génial" de l'outil ménager mis à l'honneur et ajoute : "Pourtant, on l'a toujours vu dans les cuisines de nos mères et grand-mères. On se rend compte qu'on l'a toujours connu, mais sans bien le connaître.". Bernard, qui vit à Carnières depuis 40 ans, est touché par l'expo : "Elle est superbe parce qu'elle nous ramène à nos racines profondes. On se souvient de notre enfance, on voyait maman qui utilisait ce passe-vite. Il fait partie de notre histoire à tous.".

De l'art, aussi

Des artistes locaux et le dessinateur Serdu ont contribué à cette exposition : photos, peintures (dont une déclinaison colorée de passe-vite, façon Andy Warhol) et sculptures in inox agrémentent le parcours. Le "Sablon" a même réussi à se procurer l'affiche d'un spectacle théâtral du Tarmac de la Villette à Paris, dont l'auteur, Pascal Colrat, illustre les effets de la guerre sur le cerveau des soldats par un casque hybride, incorporant un passe-vite. "Nous avons voulu associer les partenaires locaux et les artistes pour mettre sur pied une expo didactique qui, nous l'espérons, sera sollicitée ailleurs" note Philippe Hesmans, animateur-directeur du centre culturel. Initiateur de l'événement, il se réjouit de l'engouement généré et des prolongements possibles, bien au-delà du berceau carniérois de la passoire magique.

Exposition disponible pour d'autres lieux culturels : 064.43.17.18.