Gazette de Liége 1-15 février 1918 (suite).  Les Alliés auraient décidé la continuation de la guerre.

Issu d’une lignée de commerçants et commerçant lui-même, Henri Jamin témoigne dans ses carnets inédits de la vie à Liège durant les années 1914-1918.

Depuis 3 ou 4 jours, la paix avec l’Ukraine et les Centraux est faite. La Russie n’a pas conclu de paix formelle mais a décidé la démobilisation. C’est probablement ça qui fait que tant de troupes et de matériel sont arrivés en Belgique. Les Alliés ont eu une conférence à Versailles. On sait peu de ce qui s’y est passé; on dit que les Alliés avaient décidé la continuation de la guerre et l’obtention de la paix par les armes ! Cela nous promet encore de longs et mauvais jours.

La vie : mercredi 13, nous avons eu une alerte avec la villa de Cointe. La police de Sclessin l’avait renseignée comme inoccupée et l’autorité allemande d’Ougrée avait pris note des villas entièrement libres pour y loger éventuellement des officiers ou un général avec son état-major. J’ai dû faire beaucoup de démarches pour obtenir que la villa soit biffée de la liste des habitations inoccupées. J’y suis parvenu et nous espérons ne pas avoir ni officiers ni troupes. On parle beaucoup du passage de nombreux hommes par Liège et les environs (30 000 dit-on). Les Allemands sont allés à Cointe dans la villa pour les cuivres. Ils ont saisi plusieurs objets que nous n’avions pas pensé à cacher. Ils voulaient prendre des appareils d’éclairage mais sur des démarches faites au bureau des cuivres, on a reconnu que la villa était occupée et ils nous ont été laissés.

20 février : la magistrature belge est en grève, tous les tribunaux sont fermés. Les Présidents de la Cour d’Appel de Bruxelles et de la Cour de Cassation ont été arrêtés et envoyés en Allemagne parce qu’ils avaient lancé un mandat d’arrêt et mis en prison les individus qui s’étaient laissés nommer ministres du Conseil des Flandres. La Haute Cour a jugé qu’il y avait crime de conspiration contre l’État belge et les a fait arrêter. Le gouverneur les a fait mettre en liberté et a fait arrêter ces hauts magistrats qui n’avaient fait que leur devoir. À la suite de cette arrestation, tous les magistrats de Belgique ont donné leur démission par esprit de solidarité et depuis nous sommes sans tribunaux. Le mouvement favorisé par les Allemands de séparatistes ou activistes en Flandres s’étend mais ce parti qui avait organisé à Anvers une grande manifestation a été très mal reçu par la population et les manifestants ont été dispersés et fortement houspillés, les Flamingands (sic) ne recommenceront plus.