15 août: Outremeuse, où le cœur bat

Jean-Marie Antoine Publié le - Mis à jour le

Gazette de Liége

C’est ici que bat (depuis) toujours le vrai cœur de la Cité ardente. Ici donc, la Commune libre de Saint-Pholien-des-Prés promulgue des décrets et règlements pour assurer le maintien des traditions du vieux quartier. La confrérie des Marcatchous y honore son patron, saint Pierre, à la fin du mois de juin. Et puis, bien sûr, il y a l’incontournable république libre d’Outre-Meuse, fondée en 1927 sur le modèle de la “Commune libre de Montmartre”. Elle possède son hymne et sa devise (“Solidarité, Plaisir et Charité”) et est composée d’un président et de ministres… tous bénévoles. Leur mission principale est d’organiser les célèbres et très populaires réjouissances de l’Assomption, pour fêter comme il se doit la Vierge Marie.

Ici donc, le week-end du 15 août, on fait la fête, en associant le sacré, le profane et le folklore. On y exprime la ferveur populaire, mais aussi le sens de la solidarité et de la tolérance. Les festivités commencent traditionnellement le 14 août par la sortie du Royal Bouquet d’Outre-Meuse, une structure lourde d’une soixantaine de kilos et mesurant sept mètres de haut, sur laquelle on a planté quelque 3000 fleurs en soie. L’origine du “bouquet” est liée à l’histoire des Métiers liégeois qui disposaient chacun de leur bannière ou étendard, signe distinctif de la profession. Interdite par le prince-évêque qui y voyait le symbole d’une possible révolte des Métiers, la bannière a été remplacée par un bouquet. Il symbolise l’Arbre de Mai avec sa décoration végétale et florale, tout en conservant les caractéristiques de la bannière, forme, hampe centrale et emblèmes religieux.

A la fête du 15 août, on tire aussi des campes (des gros pétards) sur la place Delcour. L’un des temps forts des réjouissances, c’est, le matin, la procession mariale où la célèbre Vierge noire, haute de 173 cm, quitte l’église Saint-Nicolas, pour effectuer sa sortie annuelle, portée par des scouts de la paroisse. Durant le parcours, la madone est fleurie et vénérée. Une messe en wallon se déroule ensuite en plein air, toujours sur la place Delcour.

L’après-midi, un grand cortège folklorique sillonne les rues du quartier et accueille notamment les géants de la région, dont le fameux Tchantchès (notre encadré ci-contre), le plus célèbre enfant d’Outremeuse. Le thème de cette année, “Olé Vuelta”, fait référence à la 15e étape du Tour d’Espagne qui arrivera à… Liège le er septembre.

On fête bien sûr les Marie de la paroisse, en leur offrant des fleurs et une aubade. On boit du pèkèt et on mange des cûtès peûres (poires cuites) et des bouquettes, autrement dit des crèpes faites avec de la farine de sarrasin. Le 16 août, les festivités se terminent officiellement avec l’enterrement de Matî Lohè (Mathieu l’os). Une cérémonie qui se termine par l’incinération d’un os de belle taille, symbolisant les restes des festivités. Et comme on dit ici, c’est le seul cortège funéraire où l’on peut… mourir de rire. Vous n’êtes pas libre le 15 août ? Qu’importe, car le quartier d’Outremeuse est en tout temps un intéressant but d’escapade. Déjà en levant le nez, pour découvrir les potales, ces niches ou édicules intégrés dans une façade et accueillant la statue d’un saint. Marie est bien sûr la star locale, avec pas moins de 31 potales qui lui sont dédiées dans les rues, impasse, cours et jardins du quartier. En partant du pont des Arches, on peut programmer une promenade pédestre empruntant tout d’abord la Chaussée des Prés, qui présente dans sa première partie des maisons en briques et calcaire des XVIe et XVIIIè siècles.

L’enfilade des n° 21, 23 et 25 témoigne encore d’une implantation propre au Moyen Âge. Rue Pont Saint-Nicolas, on découvrira le monument Tchantchès, à savoir un bronze puissant représentant une jeune et souriante hiercheuse liégeoise brandissant dans sa main droite la marionnette de Tchantchès. La longue rue Puits-en-Sock est le cordon ombilical économique du quartier. Ici, il s’agit d’oublier le niveau du sol et des devantures des commerces pour se concentrer sur les étages qui rayonnent encore parfois de leurs façades patriciennes en pierre calcaire. La rue Ernest de Bavière présente plusieurs immeubles témoignant de diverses tendances de l’Art nouveau.

La rue Simenon a pris le nom de son enfant le plus célèbre. L’écrivain a vécu ici (au n°25) pendant sa petite enfance. L’artère mène à la place du Congrès où l’on peut voir un buste en bronze de l’écrivain. A ne pas rater non plus, la typique petite rue Roture, haut lieu de la vie nocturne et du folklore liégeois.

Une petite soif ? On vous recommandera une halte au Randaxhe, place de l’Yser, l’un des plus vieux bistrots de la ville. On y cultive la chaleur populaire et, côté pompes, on a fait du scotch le cheval de bataille, même si la Chimay est aussi servie au fût. Ici encore, la grande terrasse s’ouvre sur le quartier. A deux pas de là, rue Grande Bêche, la taverne Tchantchès Nanesse, est l’un des temples du folklore liégeois. On y boit bien sûr les fameuses Tchantchès et Nanesse, déclinées en bières de soif au fût ou en quatre sortes de bières de dégustation en bouteilles, qui titrent de 7 à 10,5 degrés. Une petite dernière, pour la route ?

Jean-Marie Antoine

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