Gazette de Liége

50 000 Belges se disent convertis au bouddhisme tibétain. Comment expliquer cela?

A une époque où les repères traditionnels s'effacent mais où le besoin de spiritualité se maintient, beaucoup se sont tournées vers le bouddhisme, attirés par une philosophie «zen». Après la Seconde Guerre, les moines tibétains sont arrivés en Europe. Le public était en manque, connaissait un désenchantement de la religion classique et routinière de l'Europe. Le bouddhisme attire d'autant plus qu'actuellement, l'agnosticisme, cette doctrine du «sans Dieu», règne. Or, le bouddhisme, justement, se présente comme un art de vivre laïc. Les cérémonies et les aspects rituels attirent beaucoup. Même si tous ceux qui se convertissent ne méditent peut-être pas... Beaucoup sympathisent de façon très superficielle. Les bouddhistes les plus enthousiastes sont souvent d'anciens chrétiens catholiques, avec un goût pour la pensée, la spiritualité.

Est-ce que ce succès est dû à la personnalité du Dalaï-Lama?

Tenzin Gyatso, 14 éme Dalaï-Lama, né en 1935 et chassé du Tibet à la fin des années 50, présente une personnalité très charismatique que je compare à Nelson Mandela, Gandhi ou Jean-Paul II. Sa force est d'avoir conservé les racines originelles du bouddhisme tout en étant moderne. Il dit «inspirez-vous des valeurs bouddhistes si, et seulement si, elles vous semblent utiles.» Il ne force personne à le suivre. Son message est de type moral, éthique, non fondé sur un être supérieur mais sur la méditation. Il a su adapter le bouddhisme à ce qu'en attendait l'Occident. Mais on lui reproche parfois un message un peu simple.

Le bouddhisme, la religion zen du siècle? Quels en sont les grands principes?

Il ne s'agit pas, à la base, d'une religion puisque le Bouddha considérait que les divinités n'apportaient pas de réponse. Ce sont les adeptes eux-mêmes qui ont divinisé Bouddha. «L'Eveille», le premier Bouddha indien (500 ans avant notre ère) a voulu présenter aux gens un art de vivre qui les détournerait du monde de souffrance. La réincarnation est considérée comme une catastrophe puisqu'elle prolonge l'état humain de souffrance. Pour s'en détacher, le Bouddha prône l'ascétisme et la médiation qui permettent d'atteindre le Nirvana, point de non-réincarnation. Ce que recherchent les Occidentaux, c'est moins le Nirvana et le jeûne que des techniques de méditation, transmises par les Tibétains, les amenant au bien-être. Le bouddhisme moderne, qui ne croit pas à l'âme, peut faire diminuer l'ego parfois surdimensionné des Occidentaux, trop impatients...

© La Libre Belgique 2006