Gazette de Liége Chronique

Né en 1931 du côté de Herve, José Brouwers est ce que l’on peut appeler une véritable institution au sein du microcosme culturel liégeois. Figure bien connue du théâtre principautaire, il a débuté sa carrière très jeune puisque c’est à l’âge de 17 ans qu’il intègre la troupe dite des "Jongleurs de Notre-Dame", sise au sein du quartier du Laveu. "Mon premier rôle fut celui de Rodrigue dans "Le Cid" de Corneille, se souvient avec amusement l’intéressé, et je m’y suis investi avec toute la fougue de mon jeune âge".

Cette année, cela fait donc 60 ans que José Brouwers foule les scènes liégeoises, ou plutôt cela fait 60 années qu’il pratique le théâtre en tant que professionnel. À ses débuts théâtraux, outre l’interprétation d’un certain nombre de petits rôles - il se rappelle notamment de celui du notaire dans "Le Barbier de Séville" -, il s’essaye également un temps à la pratique du journalisme, qu’il exerce notamment au sein de "La Gazette de Liége" ainsi qu’au journal "La Meuse", alors sous les ordres rédactionnels de feu René Henoumont. Après avoir travaillé un temps comme secrétaire de rédaction, il y intègre logiquement la cellule culturelle et suit un certain nombre de représentations théâtrales.

Véritable passionné de théâtre, qu’il considère d’ailleurs plus comme un loisir que comme un véritable travail, José Brouwers fonde en 1956 la troupe de l’Arlequin, une troupe qu’il professionnalisera en 1975 et à laquelle il restera bien évidemment associé. Entre-temps, reconnu pour son talent, il intègre en 1964 l’équipe du théâtre du Gymnase où sa première mise en scène sera constituée par "Le Marchand de Venise" de Shakespeare. Il quittera le célèbre théâtre liégeois lors de la fin de ses activités et lors de la création du Théâtre Arlequin dont il devient le directeur. Un théâtre localisé rue Rutxhiel, dans le quartier Saint-Gilles à Liège, et qu’il contribue au fil des ans à faire connaître auprès du public liégeois. Un théâtre qui fait aujourd’hui plutôt figure d’exception dans un paysage principautaire de plus en plus morcelé, et ce puisqu’il affiche un bilan plus que satisfaisant et réunit un public varié.

Selon son directeur, ce qui fait le succès de son "affaire", c’est avant tout l’esprit de troupe présent depuis toujours ainsi que la grande complicité qui existe entre des comédiens fidèles. Autre aspect avancé : le fait que le théâtre ne s’est pas spécialisé dans un domaine ou un autre mais a toujours eu la volonté d’attirer un public large et varié. Quand on lui demande quelles sont ses qualités propres, l’homme de théâtre complet qu’est José Brouwers - "ce qui est épatant, c’est qu’il est à la fois acteur, metteur en scène, adaptateur et directeur", dira son ajointe au théâtre Arlequin, Marie-José Delecour - hésite puis se lance : "Ma grande qualité, c’est certainement la concision, qui m’a été apprise par le journalisme et qui est importante aussi dans le théâtre". Au rayon des défauts, celui souvent cité le concernant et confirmé par l’intéressé est d’être assez colérique. "Mais c’est une colère qui retombe aussi vite qu’elle est montée", précise-t-il.

Afin de fêter dignement cet homme cultivé à l’œil vif et rieur, ses partenaires de l’Arlequin, ainsi que ses "amis" du Rotary Club de Liège, lui ont concocté une soirée "surprise". Ainsi, ce soir, il doit interpréter en avant-première le rôle titre de Freud dans la pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt intitulée "Le visiteur". La représentation se déroulera au théâtre du Trocadéro et les bénéfices de cette soirée, qui se poursuivra par une heure de surprises et par un verre de l’amitié, seront reversés au profit des œuvres du Rotary. Car oui, José Brouwers est aussi un homme d’une grande générosité et ne se départit que rarement d’un optimisme presque sans faille. Quand on l’interroge sur son avenir, il répond : "J’ai été heureux en faisant ce que j’aime durant toute ma vie. Mais il faut savoir s’arrêter à temps et je compte sur mes amis pour me le rappeler".