Gazette de Liége

ENQUÊTE

Le projet de transformation du musée de la vie wallonne à Liège fait partie de ces dossiers non retenus l'an dernier par le gouvernement wallon dans le cadre des fonds Objectif 2. Comme la création du Carolinum (axé sur Charlemagne), la restauration du Théâtre royal, l'extension de la Foire internationale à Coronmeuse ou encore le Trésor de la cathédrale, ce projet ne bénéficiera donc pas de la manne financière européenne.

Il est vrai que le Grand Curtius et, dans une moindre mesure le futur complexe cinématographique des Grignoux, ont monopolisé une très grosse part des deniers publics disponibles.

Mais à l'instar du Trésor, le musée de la vie wallonne de la Province n'a pas été rejeté pour cause de faiblesse du dossier; il nous a donc paru intéressant de se pencher sur l'avenir de ces lieux culturels, en deux volets - le projet du Trésor sera présenté lundi.

A deux pas de la place Saint-Lambert, la réflexion mûrit depuis plusieurs années autour d'un projet de rénovation. `Dès que nous avons eu connaissance de l'Objectif 2, nous avons travaillé à l'élaboration d'une fiche´, souligne Alain-Gérard Krupa, directeur du secteur des musées et des expositions de la Province de Liège. Cette préparation a connu deux axes forts. D'une part, la constitution d'un comité scientifique d'une vingtaine de personnes (historiens, anthropologues, dialecticiens,...). `Il s'agissait de définir une nouvelle charte sur le contenu du futur musée en rassemblant plusieurs points de vue autour d'un nouveau concept: faire passer un musée d'ethnographie et de traditions populaires - ce qu'il restera en l'intégrant - à un musée de société.´

Alimenter la réflexion

Deuxième axe, l'organisation d'un colloque international en novembre 2001 à Liège qui a permis de recueillir des expériences de musées en Wallonie, mais aussi dans certains pays d'Europe et au Québec. Enfin, complémentairement, un conseil technique a réuni des représentants des différents partenaires publics. De quoi monter un dossier qui a finalement été postposé avec le refus de la subsidiation européenne.

`Avec le soutien de la Province, particulièrement du Gouverneur et des députés Mottard et Pire, on a reconstruit un dossier interne Province - Région wallonne - Communauté française à moindre coût´, indique M.Krupa.

Le projet s'articule en fait autour de cinq axes.

Un: le musée devient un véritable musée de société, donc un lieu public où on échange des idées, où les acteurs du musée ont eux-mêmes des propos engagés, où l'on porte un regard contemporain au-delà des volets sociologiques et historiques, etc. Soit une démarche déjà amorcée dans la récente exposition sur les femmes par exemple.

Deux: la part de collections permanentes dans le musée est réduite afin de présenter des expositions temporaires de plus longue durée, de manière à fidéliser le public.

Trois: la salle capitulaire est transformée en magasin qui propose des publications, des photos, des CD-roms, des fac-similés, etc... Une façon d'engranger des revenus supplémentaires.

Quatre: l'église Saint-Antoine, voisine, est utilisée pour accueillir des expositions de prestige et d'envergure, soit des productions propres soit des productions venues de l'extérieur. A titre d'exemple, un projet d'exposition sur le sacré - toutes les religions du 20e siècle - est envisagé pour 2005.

Cinq: le musée de la vie wallonne s'inscrit en tête de réseau. L'idée est d'alimenter d'autres musées de la province de Liège et du reste de la Wallonie avec ses riches collections (4 à 5 millions de pièces: objets, archives, affiches, photos, ouvrages,...). Ce serait l'occasion pour le public d'aller à la découverte de musées méconnus.

`Le musée de la vie wallonne souhaite se positionner comme le centre de convergences et de recherches pour réfléchir sur le passé des Wallons, sur les débats présents et sur les perspectives pour le futur´, complète Alain-Gérard Krupa.

Si la réflexion sur le contenu paraît très avancée, il importe désormais de financer le contenant. Estimation: moins de 5 millions d'euros. La Province espère compter sur le soutien d'autres partenaires publics, en l'occurrence la Région wallonne et la Communauté française.

Une promesse

`Le ministre accepte de dégager 625000 € en crédits propres pour autant que ses collègues Kubla et Demotte suivent´, indique-t-on au cabinet de Michel Daerden, en charge du patrimoine. `Plusieurs départements sont sur le coup´, confirme Pierre Gilissen, du cabinet du ministre Kubla (tourisme), ajoutant que le musée pourrait peut-être prétendre à figurer dans le dernier tour de table de l'Objectif 2 - il reste en effet encore un tout petit peu de moyens disponibles.

La Communauté Wallonie-Bruxelles semble rester en attente. `Rien n'est prévu en 2002 et 2003´ précise-t-on au cabinet Demotte (culture). Enfin, du côté de la Ville de Liège, une aide en nature (nouveaux locaux) pourrait être négociée.

Les contacts sont en tout cas en cours, de sorte qu'un optimisme mesuré est autorisé. En cas de bouclage du budget, deux années seraient nécessaires sans altérer le fonctionnement du musée. Le nombre de visiteurs - passés de 26000 en 1989 à l'époque de la reprise par la Province à plus de 60000 en 2002 - devrait alors probablement exploser, en complémentarité notamment avec le futur Grand Curtius.

© La Libre Belgique 2003