Gazette de Liége

Qu'est-ce que cet ovni dans l'anarchie du faubourg ? Rues éventrées, terrains vagues, improbables arrêts de bus, "Commerce à remettre". Et l'ovni, sublime et autiste, qui vit sa vie ferroviaire. Syndrome de Saint-Lambert ?

Le choix définitif n'est pas fait entre la conception "maxi", celle de Calatrava et d'Euro Liège TGV, et la "mini", celle de la Ville et du bureau Dethier. Pour la star catalane, esplanade au cordeau, 100 mètres de large sur 600 mètres de long vers la Meuse, avec nouvelles démolitions rue Paradis. Pour l'architecte liégeois, cheminement en dents de scie vers la rive, préservant les maisons, au risque, dit-on en face, de la banalité du compromis.

Public-privé ou rien

Le périmètre de remembrement urbain (PRU) du gouvernement wallon se rangeait aux vues communales. Alors, pourquoi le Collège, accompagné de la SNCB, est-il allé relancer Santiago ? Seule la signature de celui qui réédifie "Ground Zero" à New York attirera-t-elle les investisseurs ? Car c'est d'abord un pôle d'affaires qui se prépare : 55000 m² de bureaux pour Dethier, outre 45000 sur des terrains des Chemins de fer. Plus encore pour Calatrava. Chaque camp devra recourir au partenariat public-privé, y compris pour les 500 logements des "îlots verts".

Réponse de Michel Firket, échevin CDH de l'Urbanisme, au Conseil communal du 28 janvier : "Ce périmètre est évolutif". Au risque de nouvelles expropriations ? Rien ne se fait dans l'ordre dans ce quartier.

Ainsi, les voiries, rue des Guillemins, de Serbie, du Plan Incliné, et maintenant place des Franchises. L'édification de la gare ayant duré deux ans de trop, la Ville, sous peine de les perdre, a réorienté de premiers fonds européens prévus pour la future place vers la réfection des rues. "Sans connaître le plan de circulation", concède Jean-Géry Godeaux, échevin PS des Travaux. Puisque le flou persiste, on en profita pour renouveler câblages, conduites d'eau et de gaz, et même pour couler une "dalle polyvalente", future assise d'un tram. Résultats : des mois de retard et la Berezina des commerçants.

Michel Daerden, le retour

Premiers coups de pioche sur la place en juin 2009, après l'inauguration de la gare. Faut-il encore que Liège et son bourgmestre socialiste avalent la reprise en main par le socialiste Michel Daerden, ministre de l'Équipement, qui veut installer par décret une Société de développement de Liège-Guillemins (SDLG), réunissant toutes les parties prenantes.

Réceptacle des fonds Feder, elle piloterait l'opération et rassemblerait les terrains devant la gare, puzzle de la Ville, de la SNCB, de la SRWT et de la Société de leasing et de financement (SLF). La cité des Finances fait aussi désordre. Il faut l'abattre pour dessiner l'esplanade, mais la Régie des bâtiments n'en déménagera les 900 fonctionnaires que lorsqu'elle leur aura trouvé un toit. Appel d'offres européen en cours.

Le projet Dethier d'une tour de 26 étages avenue Blonden tient la corde, mais tout est dans tout, car il y a un - énorme - chaînon manquant. Des financements (voir encadré) sont inscrits pour la place, la passerelle et, si le MET fait l'appoint, pour les tunnels routiers du quai. Mais rien n'est prévu pour l'esplanade elle-même ! Le départ des Finances ne sera possible que fin 2012 et les fonds Feder doivent être dépensés pour 2015 : impossible de terminer la percée et ses abords dans ce délai, donc... exclusion.

La suite pour demain : il suffira de passer le pont.

Demain : l'art actuel à la Boverie.