Gazette de Liége

L'enfance de Bernard Gheur va être déterminante pour le romancier. Né en février 1945, alors que Liège se remet à peine des bombardements des sinistres V 1 et V 2, Bernard Gheur conserve de cette période le stress maternel quotidien propre à cette douloureuse fin de guerre. Même s'il n'a vécu les combats et ses heures sombres qu'en tant que foetus, le futur auteur se fascinera pour cette guerre qui servira de cadre notamment à son roman bien connu par des centaines d'étudiants du secondaire, «Le Lieutenant souriant.» Les joies, les aventures et les amitiés de son enfance seront plus tard une mine de souvenirs nostalgiques dans laquelle Bernard Gheur puisera pour enrichir la trame narrative de la plupart de ses romans. Des chapitres entiers de l'oeuvre du Liégeois sont purement des souvenirs à peine remaniés de l'auteur. Cette nostalgie pour la cour de récréation fait par moment penser au «Grand Meaulnes» d'Alain Fournier dans un style beaucoup plus réaliste.

C'est au Collège de Saint-Servais que Bernard Gheur prend goût à l'écriture. Avec une plume de futur journaliste, l'auteur fait ses premières armes en publiant à une trentaine d'exemplaires un journal satirique «Arquebuse» que les pères jésuites du collège apprécieront très modérément.

A la sortie du secondaire, l'heure des choix a sonné. Fasciné par la Nouvelle vague française, il choisit pourtant de ranger son rêve de devenir cinéaste au placard et après une candidature en droit à l'ULg «pour faire comme les copains» il termine des études en journalisme à l'ULB avant d'entrer au journal «La Meuse». Nous sommes en plein coeur des années 70 et dans les salles de rédaction liégeoises règne une ambiance folle mêlant fumée de cigarette, machines mécaniques et plomb fondu qui servira encore de cadre à certains de ses récits.

Poussé par Truffaut

C'est à cette époque que Bernard Gheur envoie un petit texte à la personne qu'il admire le plus au monde, François Truffaut. Rapidement, le réalisateur de la Nouvelle vague répond au Liégeois en lui disant de faire du texte envoyé un roman, en précisant à Bernard Gheur cette phrase qui va être déterminante pour lui:

«vous en êtes capable.» Fort de ce soutien improbable, Bernard Gheur rédige son premier roman «Le testament d'un cancre» qui reçoit un bon accueil de Robert Sabatier, le manitou à l'époque chez Albin Michel.

Annonçant la bonne nouvelle à François Truffaut, celui-ci lui demande de pouvoir lire le manuscrit du roman que Bernard Gheur a tôt fait de lui envoyer. Cela n'en reste pas là puisque François Truffaut se permet même de faire des annotations et de changer la fin du récit, ce que Bernard Gheur acceptera volontiers. Après «Le testament d'un cancre», paraîtront sept autres romans aux nombreux points communs: les thèmes de l'enfance, de l'amour, de l'amitié... Le cadre également qui est toujours liégeois à l'exception de «Retour à Calgary», où l'on trouve une vision d'un Canada où Bernard Gheur n'a jamais mis les pieds mais où son grand-père «mythifié» par l'auteur étant enfant a vécu jusqu'à sa mort prématurée avant la Première guerre mondiale. La ville de Liège qui passionne l'auteur, se retrouve également dans son projet «Promenades liégeoises», un recueil de textes d'écrivains et amis liégeois dans lequel ceux-ci racontent de manière très libre leur promenade favorite à Liège.

Actuellement, Bernard Gheur mature son prochain roman, une suite du «Lieutenant souriant» provisoirement baptisée «L'aviateur américain».

© La Libre Belgique 2006