Gazette de Liége

Entre les embouteillages à rallonge, les bus bondés, l’insécurité (l’absence ?) des pistes cyclables et l’impossibilité de trouver une place de parking aux heures de pointe, se déplacer à Liège est devenu, en l’espace de quelques années, un véritable parcours du combattant. Afin de désengorger le trafic routier urbain, et en attendant le tram, dont on annonce le premier tronçon pour 2017, certains ne manquent pas d’idées.

Ainsi, il y a deux mois, la société de construction navale "Meuse et Sambre", qui exploite des chantiers navals à Beez, Andenne et Liège, chargeait une spin-off de l’ULg, DN&T, d’une étude de faisabilité sur la réalisation d’un "Navibus" à Liège (Cf La Gazette de Liége 18/5). Propulsés à l’électricité, ces petits bateaux de transport peu polluants, sorte de vaporetti à la liégeoise, constitueraient un atout touristique important. En avril dernier, le CDH liégeois suggérait quant à lui la création d’une nouvelle ligne de minibus électriques pour desservir les centres commerciaux et touristiques de la ville.

Mercredi dernier, une idée en inspirant une autre, c’est le conseiller communal écolo Alain Leens qui suggérait, dans une lettre à Michel Firket, président du Tec Liège-Verviers et échevin de l’Urbanisme (CDH) à la Ville, une étude de faisabilité sur un nouveau projet original : le bus amphibie (voir encadré).

"Ayant pris connaissance de l’expérience de la ville de Glasgow d’un bus amphibie remplaçant un service de ferries sur la rivière Clyde, je me suis permis de conseiller au président du Tec d’étudier l’application à Liège de cette possibilité", explique Alain Leens. Selon ce dernier, un amphibus permettrait notamment de relier directement la gare des Guillemins à la Boverie, et donc au futur Ciac (le Centre international d’Art et de Culture qui remplacera le Mamac d’ici 2014), via la Meuse et à la Médiacité, via la Dérivation.

"Les avantages par rapport aux Navibus sont une vitesse commerciale plus élevée (pas de temps d’accostage et d’embarquement), des frais d’aménagement des quais moindres (une simple voie d’accès) et un coût moins élèvé que les Navibus, ajoute le conseiller communal. De plus, ce bus amphibie pourrait être intégré aux lignes de bus existantes". Il poursuit : "On veut pouvoir aller rapidement des Guillemins à la Médiacité, mais la construction d’une passerelle est une opération très lourde. Le tram ne viendra qu’en 2017, et encore, le problème de liaison avec la rive droite se posera toujours. Le bus amphibie est donc une bonne solution transitoire. La Médiacité et le Ciac pourraient participer aux frais, en remboursant les tickets par exemple".

Hélas, du côté de l’Association des clients des transports publics (ACTP), l’on semble moins enthousiaste. "Cela nous parait assez farfelu, commente Arnaud Lahaut, conseiller en mobilité. Les coûts semblent importants et l’expérience nous prouve que les centres commerciaux sont rarement intéressés par les transports en commun". Un avis partagé par François Schreuer, président d’Urbagora : "Je crois que c’est un gadget. C’est une vision des choses qui passe complètement à côté des enjeux globaux en matière de mobilité de l’agglomération. La priorité est de restructurer le réseau existant, en investissant dans les tronçons qui ne satisfont pas la demande, surtout dans le contexte économique actuel".

D aniel Dewaay, directeur général adjoint du Tec Liège-Verviers, confirme : "Je ne connais pas tous les détails du projet, mais les perspectives budgétaires au Tec sont strictes, donc les idées nouvelles devront être étudiées avec attention". Quant à Michel Firket, hier, à l’heure de boucler cet article, il n’avait toujours pas manifesté son désir de répondre à la lettre d’Alain Leens. Coincé dans un embouteillage, peut-être...