Gazette de Liége

Chacun de nous se souvient de cette nuit du lundi 7 au mardi 8 novembre 1983 où la terre a tremblé à Liège, à 1h49. A la simple évocation de ces secousses répétées sur un laps de temps de quelques secondes à peine, les images réapparaissent, un peu floues, jaunies mais cependant bien réelles. Des cris, parfois des pleurs. Des milliers de Liégeois en pyjama ou peignoir debout dans les rues, une solidarité sans faille. Des fumées de poussières suite aux chutes de très nombreuses cheminées. Des maisons fissurées, éventrées; 16000 au total seront endommagées. Des quartiers meurtris. Ce fut le cas au Laveu, à Saint-Gilles, Glain, Montegnée et Saint-Nicolas. Une nuit d'angoisse où les radios racontaient n'importe quoi et où chacun s'est imaginé son propre scénario catastrophe. «Un avion s'est écrasé!» «La centrale de Tihange a explosé!» «La chaudière a sauté!» Une certaine nuit ancrée dans notre mémoire collective.

Une ardente solidarité

Vingt ans après, on en parle encore. Mais dans les quartiers où les secousses furent les plus fortes...

«Il y a 20 ans! Vous savez, c'est loin...» commente Henri, un habitant de la rue des Bons Buveurs, à Saint-Nicolas, l'un des quartiers gravement touchés. «Ma maison a été fissurée de bas en haut en dix secondes. Fou! explique-t-il, mais depuis, grâce à l'Etat, on a pu réparer. Il ne reste aucune trace du séisme.» Dans les cafés de Montegnée, on continue à boire son verre. «Bien sûr, je m'en souviens! Des gens partout dans les rues en pleine nuit, raconte Joachim, qui avait alors 21 ans. J'ai dormi avec mes frères, qui avaient très peur. Ils pensaient que c'était la fin du monde. Aujourd'hui, ils ont oublié.»

Le séisme a tout de même fait deux morts, dont une personne âgée, retrouvée sous une dalle de béton qui avait transpercé le toit et sa maison sur deux étages. En 1983, c'est un jeune commissaire adjoint de 28 ans qui dressa le constat de ce décès survenu à Glain, Christian Beaupère, désormais chef de corps de la police de Liège. «Je n'étais pas de service cette nuit-là, se souvient-il. Je commençais à 7h mais réveillé par les secousses, je me suis habillé et suis parti. D'autres agents avaient eu le même réflexe que moi.» M.Beaupère se souvient d'une profonde détresse des gens et d'une formidable solidarité. «Heureusement que c'était la nuit, poursuit-il, de jour, avec la puissance des secousses et les cheminées et les murs qui se sont effondrés, nous aurions eu des dizaines de victimes.» A la sortie de l'Athénée de Montegnée, les étudiants semblent peu au courant. «Un tremblement de terre? A Liège?» s'étonne Lucie, 16 ans. «J'étais pas né mais mes parents m'ont raconté», embraye Ahmed, 13 ans. «J'en savais rien mais notre prof nous en a parlé en nous montrant les journaux de 1983», rétorque Sibylle, 17 ans.

Il faut dire qu'ici comme ailleurs à Liège, les maisons crevassées ont été replâtrées, les toits reconstruits et les fissures dissimulées derrière commodes et fauteuils. Après tout, c'était il y a «déjà» vingt ans.

© La Libre Belgique 2003