Gazette de Liége Chronique

Jusqu’au milieu du 19e siècle, on ne peut se déplacer à Liège et aux environs qu’à cheval, en diligence, en chars-à-bancs (voitures équipées de bancs placés en travers et tirées par des chevaux) ou alors en bateau sur les navettes régulières entre Maastricht, Liège, Namur et Huy.

En 1866, un ingénieur liégeois, Frédéric Nyst, obtient de la Ville de Bruxelles la concession du premier tramway de Belgique qui va de l’église Sainte-Marie de Schaerbeek jusqu’au bois de la Cambre en passant par la rue Royale, les boulevards et l’avenue Louise. En 1871, Liège assiste aussi à l’apparition des tramways tirés par des chevaux et exploités par la "Compagnie des Chemins de fer américains". En 1880, Frédéric Nyst ouvre une première ligne de tramways et en 1888, il fonde, à Liège, la société des tramways Est-Ouest depuis la gare du Haut-Pré jusqu’à Cornillon.

À partir de là, commence l’histoire du tram à Liège à laquelle Noir Dessin Production vient de consacrer une de ses éditions. Par la suite, Frédéric Nyst va augmenter le nombre de lignes de tramways et va introduire une nouveauté industrielle : l’électrification des lignes de tramways.

Et c’est vers 1922-1925 que les "trams" (terme adopté par les Liégeois) vont prendre la couleur indéfinissable (jaune-beige-crème) qu’ils garderont jusqu’à leur disparition en 1964. Michel Elsdorf dédie son livre à sa maman qui, en 1950 (elle avait 20 ans à l’époque), était venue d’Allemagne à Liège travailler comme laveuse de trams et de trolleys.

Au fil de cet ouvrage-album de photos, on traverse, avec les trams liégeois, les deux guerres, les expositions universelles, on tourne sur la place Saint-Lambert, on passe devant le Grand Bazar, le Tivoli, le palais des Princes-Evêques. Les deux lignes les plus célèbres étaient la 1 et la 4, mais la 5, la 10, la 17, la 18 et bien d’autres étaient aussi très populaires, sans compter les trams qui desservaient la Hesbaye et puis les trams verts qui allaient vers Seraing-Flémalle. Les photos des trams prises ainsi sur leurs itinéraires donnent aussi l’occasion de (re) découvrir des aspects de Liège et de sa périphérie.

Un exemple, sur la photo qui est reprise ici : on voit un tram 1 qui entre dans la rue de l’Official (aujourd’hui disparue, qui fut longtemps le siège de la Gazette de Liége) qui reliait la place du Maréchal Foch au pied de la Haute Sauvenière. La légende attire notre attention sur le gendarme à moto (une Harley-Davidson nous dit-on) et, sur le trottoir de droite, sur la façade blanche et étroite du petit café "Aux Charretiers", quartier général des ouvriers de la voirie.

Aujourd’hui, l’idée d’un retour du tram à Liège semble faire son chemin. Déjà des designers donnent libre cours à leur imagination pour dessiner des voitures futuristes. Elles seront certainement très belles mais elles n’auront jamais plus le charme (au moins pour quelques générations) des "trams" que, de 1922 à 1964, les Liégeois ont attendu à tous les arrêts des itinéraires.

"Liège au temps des trams", éditions Noir Dessin Production, Michel Elsdorf et Yannik Delairesse, 176 pages, plus de 300 photos, 24cm X 17cm, 19 euros.