Cacher l’Armée du salut ?

Isabelle Lemaire Publié le - Mis à jour le

Gazette de Liége

Depuis six mois, l’Armée du salut de Liège tient une soupe populaire tous les mercredis pendant deux heures sur la place Saint-Lambert. Elle n’en a pas l’autorisation mais sa présence est tolérée par la Ville. Fin mars, la semaine de la visite des inspecteurs du Bureau international des expositions à Liège, l’Armée du salut s’est vue demander de plier bagages. Christian Lebeau, le responsable des colis alimentaires, a alors introduit une demande d’autorisation officielle pour pérenniser cette action envers les plus démunis, mais celle-ci vient de lui être refusée.

Mardi, par voie de communiqué, le bourgmestre a justifié sa position en se défendant de vouloir "cacher la misère" (cfr LLB-Gazette, 29/8): "Le fait de se voir offrir un bol de soupe, dans des conditions météo parfois difficiles, sur la place la plus fréquentée du centre-ville et sans possibilité de mettre en place une aide concrète aux personnes les plus démunies, relève plus d’une politique de communication visant à valoriser l’organisateur qu’à fournir une aide concrète et concertée..."

Des propos qui scandalisent Christian Lebeau: "Si ces gens à qui nous distribuons de la soupe sont là dans le froid, c’est qu’ils n’ont pas d’autre choix. On s’est installé place Saint-Lambert afin de toucher plus de monde. C’est le cœur de Liège, un cœur qui a déjà tellement souffert. Ne pourrions-nous pas y donner un peu de bonheur ? De plus, nous aiguillons toujours les SDF vers les services où ils pourront trouver de l’aide, mais il est clair que certains ne s’y rendront pas. Quant aux critiques sur un coup de pub de notre part, je n’ai qu’une chose à répondre : qu’ai-je à gagner à donner un bol de soupe à un démuni ? Je le fais pour les autres et pas pour me montrer. Je ne suis pas candidat aux élections avec des votes à engranger."

Une autre association d’aide aux SDF, Les Sentinelles de la nuit, qui mène aussi une action de terrain (cf. Gazette des 25 et 26/08), fait part de son étonnement. "Il est surprenant de devoir demander une autorisation pour distribuer gratuitement de la soupe alors que ce geste, qui répond à un besoin fondamental, devrait être valorisé. Et puis, l’indignité est-elle vraiment ressentie par les bénéficiaires ? En tout cas, on ne peut pas aider les gens s’ils ont faim", déclare François Gahylle, un des responsables.

Dans son communiqué, Willy Demeyer fait également allusion à "la volonté de la Ville d’inscrire ces actions (d’aide aux démunis, NdlR) en dehors de tout contexte de prosélytisme philosophique ou religieux". L’Armée du salut est d’obédience protestante mais Christian Lebeau réfute tout comportement prosélyte. "Nous ne profitons pas de la misère humaine pour imposer notre foi, ce serait immoral."

Cet hiver, l’Armée du salut compte bien continuer sa distribution de soupe dans la rue, avec ou sans autorisation. "Et si besoin, plus que deux heures par semaine. C’est notre devoir de le faire. Notre mission est d’aller vers les plus démunis", affirme Christian Lebeau. Vendredi matin, il se rendra à l’hôtel de Ville pour évoquer cette situation avec le Premier échevin Michel Firket et Willy Demeyer.

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