Gazette de Liége Entretien

Chantal Kesteloot est attachée au Ceges (Centre d’études et de documentation guerre et sociétés contemporaines), une institution de la politique scientifique fédérale. Cette historienne a publié plusieurs ouvrages consacrés au Front démocratique des francophones. Entre autres : "Au nom de la Wallonie et de Bruxelles français. Les origines du FDF" (éd. Complexe). Nous l’avons interrogée sur le débarquement du FDF en province de Liège.

Quels sont les liens historiques entre le FDF et Liège ?

Les militants wallons et les Bruxellois ont cohabité dans les mêmes associations communautaristes avant la création de leurs partis dans les années ‘60. Des liens forts en sont restés. Le FDF a été créé en 1964 en partie par des Wallons. Notamment par Lucien Outers, originaire de Barchon. Lucien Outers était un personnage clef pour le FDF car il avait une grande visibilité. C’est le problème des formations de ce type : il leur est difficile de trouver des personnes qui ont une certaine aura et qui ont un ancrage local. C’est la grande cause de l’échec du Rassemblement wallon (RW). Le FDF, lui, a réussi le pari de recruter des personnalités à Bruxelles. Mais va-t-il le réussir aussi en Wallonie ? C’est toute la question.

Le FDF avait déjà tenté de s’étendre à la Wallonie.

En effet. Le FDF a toujours estimé qu’il avait un potentiel au niveau des militants des mouvements wallons. En 1979, on a vu une liste commune entre le FDF et le RW. En 1984, aux élections européennes, le FDF s’est présenté seul en Wallonie mais cela n’a pas pris. En 1991, le parti retente cette expérience mais en s’associant au Pari pour la Wallonie (PPW) pour compenser son côté "bruxellois". Nouvel échec : il ne réalise qu’un peu plus de 1 % des voix. En 1993 : encore une tentative avec "Sud", c’est-à-dire la refondation du FDF avec une aile bruxelloise et une aile wallonne pour préparer les élections européennes de 1994. La suite est connue : à l’initiative de Jean Gol et d’Antoinette Spaak, une fédération entre le FDF et le PRL est créée en 1993.

Le FDF a-t-il plus de chance à Liège qu’ailleurs en Wallonie ?

Le FDF peut aujourd’hui grappiller des voix chez les régionalistes wallons. En effet, tous ne sont pas rattachistes à la France et certains restent attachés à la Communauté française. Plus particulièrement, au sein du PS, le mouvement régionaliste a été marginalisé. À Liège, par exemple, Jean-Maurice Dehousse est sur la touche Il n’y a plus de visibilité pour ce courant. En outre, le FDF est assez social, il pourra d’autant plus prendre des voix au PS. Mais aussi dans les autres partis, pour les mêmes raisons. Par ailleurs, le militantisme francophone à Fourons est également orphelin. À Liège, le terreau est plus fertile qu’à Charleroi par exemple. L’engouement francophile y est plus fort que dans le reste de la Wallonie. Donc, si le FDF doit réussir en Wallonie, ce sera plutôt à Liège. Maintenant, il ne faut pas sous-estimer le poids des grands partis en province de Liège, c’est-à-dire le PS et le reste du MR.