Gazette de Liége

Samedi dernier, 9h, à l’ULg, place du XX août. Certes, la salle académique n’affiche pas complet mais elle rassemble tout de même quelques pointures dont l’architecte français Marc Barani, invité comme d’autres de la plate-forme "tramliege.be", qui fédère toute une série d’associations liégeoises et a organisé, depuis octobre, une série de débats thématiques autour du tram. Primé en 2008 de l’Équerre d’argent qui n’est autre que la plus haute distinction architecturale française, Marc Barani était l’invité d’honneur de ce forum destiné à clôturer la première phase d’un processus d’information voulu par "tramliege.be".

Auteur d’un exposé lumineux relatif à la gare des tramways de Nice dont il est l’auteur, Marc Barani a ainsi développé l’idée d’un projet qui s’est intégré au cœur même de la ville. Un projet qui a dû tenir compte d’un nombre important de contraintes dues notamment à la topographie du lieu concerné et qui ont poussé ses auteurs, architectes, urbanistes, paysagistes et bien entendu techniciens, à travailler de concert. "Un projet de tramway comme celui-là permet de franchir les barrières habituelles", s’est réjoui l’architecte français. Évoquant ensuite le projet de retour du tram en terres liégeoises, ce dernier a notamment qualifié la Meuse, le long de laquelle doit normalement filer une bonne partie de la future ligne de tram, de "grande force" du projet. "On sent d’emblée que la question délicate qui devra être tranchée est celle du passage du tram sur les berges du fleuve ou bien au cœur des quartiers".

Ensuite, la parole fut laissée à l’urbaniste Jacques Teller (ULg), lequel a insisté sur le fait que le tram est certes un équipement technique mais aussi et peut-être surtout "un moyen de redessiner la ville". Ce dernier a notamment évoqué le fait que "trop longtemps, les opérateurs techniques ont ignoré la ville", et ce alors que "le tram engendre inévitablement un nouveau partage de l’espace public". Ce constat impose, pour Jacques Teller, "une série de décisions fortes et étalées dans le temps", lesquelles doivent selon lui s’accompagner de "dispositifs de consultation". Évoquant en outre le fait que "tout le monde ne gagne pas", l’urbaniste plaide pour une nécessaire interconnexion du futur tram avec le train et le bus.

Prenant à son tour la parole, le président de l’ASBL urbAgora, à savoir François Schreuer, a donné sa vision des "différents temps" d’un projet appelé de ses vœux depuis trois ans et qui constitue selon lui une opportunité à ne pas laisser passer pour Liège. Rappelant plusieurs des principes défendus par urbAgora dont l’interaction train-tram, le maillage du territoire et la nécessité pour le tram de s’intégrer dans un réseau complet, François Schreuer a fait référence à l’échéance constituée par l’éventuelle Expo 2017 à Liège. "Une première ligne doit être réalisée à court terme entre Sclessin et Coronmeuse et pour le reste, il faut prendre le temps", a-t-il ainsi déclaré. Pour le président d’urbAgora, lequel plaide en la matière pour "une approche holistique" compte tenu notamment du fait que "les actes posés vont avoir des conséquences à long terme", la réflexion doit s’élaborer à plusieurs échelles. Et de faire référence au projet niçois de Marc Barani dont l’un des enseignements importants est constitué selon lui par le fait que "les techniciens n’ont pas toujours raison seuls".

Enfin, ce fut au tour des représentants des pouvoirs publics concernés, à savoir le bourgmestre de Liège Willy Demeyer et le ministre wallon Philippe Henry, de faire le point sur ce dossier. Rien de très neuf dans leurs interventions si ce n’est que le ministre Henry a rappelé que c’est par défaut l’option d’un partenariat public-privé qui a été choisie pour financer le futur tram et que la volonté du gouvernement est bel et bien de l’inscrire dans un schéma global à l’échelle de l’agglomération liégeoise. Tant ce dernier que Willy Demeyer ont par ailleurs rappelé les contraintes de temps inhérentes à ce projet, faisant même dire à Philippe Henry que "c’est un pari extrêmement ambitieux". Et le maïeur liégeois de citer les objectifs principaux poursuivis par un retour du tram, à savoir un accroissement tant de l’offre de transport en commun que de l’attractivité de la ville. Selon lui, le projet de tram doit d’ailleurs lui permettre de se redéployer.