Gazette de Liége Théâtre

C’est l’aboutissement d’un processus long de près de dix ans. Ce lundi place du 20 août, le nouveau Théâtre de Liège, succédant au Théâtre de la Place sis jusqu’à la saison dernière place d’Yser en Outremeuse, sera officiellement inauguré. La présence de toute une série de personnalités politiques est prévue, et pour cause tant il s’agit d’un des grands dossiers liégeois de ces dernières années.

C’est en 2004, suite au départ du Conservatoire de Liège, que l’idée de transférer le Théâtre de la Place au sein du bâtiment de la Société libre d’Émulation fut lancée par l’Institut du patrimoine wallon. Un appel à candidatures fut organisé et c’est le bureau d’architecture de Pierre Hebbelinck et Pierre de Wit, concepteurs notamment du Mac’s du Grand-Hornu, qui fut désigné pour mener à bien cette véritable aventure architecturale. En effet, ainsi qu’ils le reconnaissent, les défis étaient nombreux. Il s’agissait pour ces derniers de doubler la surface utile du bâtiment existant, datant des années 30 et que l’on doit à Julien Koenig, et de l’adapter aux exigences liées à la création de spectacles de théâtre contemporain.

Ce projet architectural, lequel a déjà fait l’objet de plusieurs critiques, est défendu par Pierre Hebbelinck pour qui il tient compte du bâti ancien - partiellement classé en 1998 - et respecte la philosophie originelle. Mais ce dernier, s’en référant au programme initial qui prévoyait environ 8000 m2 pour un fonctionnement optimal de ce "théâtre de haut niveau", de souligner la nécessité de "sortir des murs". Ce fut le cas pour la grande salle du Théâtre de Liège, laquelle dispose d’un nouveau gradin hors le sol qui comprend 565 places, et pour la petite salle où des gradins amovibles permettent d’accueillir 145 spectateurs côté place du 20 août.

Comme ce fut le cas pour d’autres projets, cette intervention contemporaine dans la rénovation d’un bâtiment ancien a suscité la polémique. Ce qui a fait surtout jaser, c’est la cage en verre - un matériau que l’on retrouve, avec le bois et le béton, dans l’ensemble du complexe - qui vient en décrochage de la façade. Pour Claudine Houbart, chef de travaux à la faculté d’Architecture de l’ULg s’exprimant à ce sujet dans "Le 15e jour du mois", "cet élément monumental en verre entre en concurrence avec la façade originale de l’édifice, en perturbe la lisibilité et nuit à la cohérence de la place". Cette analyse n’est bien sûr pas partagée par l’architecte du Théâtre de Liège pour qui, si des identités lisibles sont certes nécessaires, il importe de s’inscrire dans la modernité. "Il y a toujours eu un conflit entre ceux qui restent attachés au passé et ceux qui ont une approche résolument contemporaine", souligne Pierre Hebbelinck. Mais ce dernier, qui insiste sur l’importance d’expérimenter le nouveau lieu, d’affirmer que "ce genre de polémique n’aura plus cours dans quelques années". Et quant à la comparaison faite par d’aucuns avec la restauration récente du bâtiment de l’Opéra royal de Wallonie, il coupe court : "Ce n’est pas du tout la même chose puisqu’ici nous ne sommes pas partis d’un théâtre déjà existant". Au sujet du nouvel écrin théâtral, Pierre Hebbelinck estime que "ce sera un théâtre mais aussi un lieu ouvert sur la ville". On y trouvera également un bar, une brasserie, une librairie, une salle d’expositions ainsi que des œuvres d’art.