Gazette de Liége

La philosophie, Daniel Salvatore Schiffer a été plongé dedans quand il était tout petit. Fils d’une mère juive d’origine anversoise et d’un père pasteur - prédicateur et théologien - il a lu dès l’âge de 6 ans le Nouveau Testament. "Je n’ai jamais joué avec des petites autos, des soldats, dit-il. J’ai été dans le bain de la lecture, de la réflexion dès mon plus jeune âge. J’allais à ce qu’on appelait l’École du dimanche, en quelque sorte le catéchisme des catholiques dans cette mouvance d’Église évangélique à laquelle appartenait papa. Lui, il a bien lu 40 fois toute la Bible. J’ai été imprégné de ses discussions avec d’autres prédicateurs dans un esprit anglo-saxon." Très jeune, il s’est confronté aux grandes idées existentielles liées à la vie, la mort, l’âme, le divin, la transcendance en y ajoutant une dimension rationnelle, argumentée.

"Je suis agnostique, précise-t-il, profondément laïc, prônant la séparation de l’Église et de l’État, du temporel et de l’intemporel, ce qui ne veut pas dire que je ne crois pas en Dieu. Mais le dieu de Spinoza, voire de Descartes. On est là dans la métaphysique, la sphère suprême de la philosophie, comme le disait Aristote." Précisant que la lecture et l’écriture l’ont sauvé de l’emprise de la religion, il souligne qu’à 15 ans il avait lu bien des écrivains - Baudelaire, Rimbaud, Dostovieski, Faust - et des philosophes. Kant fut son maître à penser comme Nietsche critiquant les valeurs judéo-chrétiennes, contrepoids pour lui à l’emprise de la religion qu’il considère comme irrationnelle, basée sur la seule foi. Il explique ainsi son intérêt pour le dandysme soutenu par la réflexion de Nietsche, son père fondateur, affirmant que Dieu est mort. "Les églises, dit Daniel Salvatore Schiffer, sont les monuments funéraires de Dieu et les dandys, grands idéalistes, vont remplacer ce Dieu par un dieu laïc : l’art et l’esthétique vont se substituer à l’éthique". Pour lui, nous sommes avec le dandysme dans les valeurs du beau et du laid là où la religion est dans le domaine du vrai.

Pour Wilde, Byron, Nietsche Dieu ne sera plus le guide mais bien l’art; la vie étant œuvre d’art et le dandy le prêtre selon son cœur. L’art, argumente-t-il, devient la manière de transcender sa vie où Dieu est à la mesure de l’Homme. L’esthétique est une mystique athée, l’art devenant une nouvelle référence, un nouvel absolu. "Si Dieu existe, souligne DS Schiffer, il est dans l’art. Je le perçois dans la Chapelle Sixtine, dans "Don Giovanni" ou "La flûte enchantée" de Mozart, dans les "Fleurs du mal" de Baudelaire. Tout en le respectant, je ne crois pas au Dieu de la Bible pas plus qu’à celui du Coran ou de la Torah." Le dandysme selon lui, est une esthétique du sublime où l’esprit va au-delà de l’enveloppe, dépassant la substance pour s’ouvrir à l’essence. Pour Oscar Wilde, Jésus était un dandy s’opposant aux pouvoirs : temporel des Romains, spirituel des pharisiens. Un vrai libertaire qui défiait les lois politiques et religieuses de son temps.

Ce philosophe liégeois, professeur à l’Académie s’oppose à Bernard-Henri Lévy (BHL) et aux Nouveaux Philosophes. Il ne comprend pas l’homme qui, selon lui, dirige une entreprise de démolition de la philosophie, traitant Kant d’enragé du concept, de forcené de la pensée et affirmant qu’il faut ruiner ses adversaires. "Même s’il a réalisé de bonnes analyses de Camus, Genet, Andy Warhol, BHL n’est pas un philosophe, martèle M. Schiffer. Et pour s’opposer à Kant, le Nouveau Philosophe invoque le livre de Botul "La vie sexuelle d’Emmanuel Kant", un ouvrage et un auteur fictifs. Lui, et les Nouveaux Philosophes sont des people, favorisant l’image au détriment du concept, la forme sur le fond".

Enfin, il lui reproche son virage de cuti. BHL, ancien maoïste, trotskiste a changé d’opinion politique avec ses amis à la lecture de "L’archipel du Goulag" d’Alexandre Soljenitsyne. Dès ce moment, il oublie son apologie du marxisme, du stalinisme, il leur tourne le dos pour se faire le chantre de l’impérialisme américain. "Ce sont des manichéens, des idéologues - pas des philosophes, des esprits critiques - qui passent d’un extrême à l’autre. Ces dogmatiques font du tort aux gens qu’ils défendent comme les Israéliens par exemple. Ce sont des militants, des idéologues, des intellectuels engagés certes - comme l’étaient également Mère Teresa ou l’abbé Pierre - mais cela ne suffit certainement pas pour en faire des philosophes. Sinon, quelqu’un comme Coluche en serait aussi "

Demain : fouilles sur le site de l’ancien château de Hollogne-aux-Pierres.