Gazette de Liége

C’est ravi que l’on s’intéresse à lui et surtout à son travail que l’ébéniste theutois de 52 ans, Denis Bruyère, a répondu à notre invitation à le rencontrer. Direction donc la campagne theutoise et plus exactement le village de Sassor où l’homme, originaire de Trooz, a élu domicile et a installé son atelier. Un atelier que Denis Bruyère nous invite immédiatement à visiter et qui fleure bon les essences de bois de toutes sortes. C’est là que ce "self-made man" s’est mué en véritable "couturier du bois" comme l’a surnommé son ami Julos Beaucarne.

Le métier d’ébéniste, il y est rentré progressivement après un bref détour par la Faculté de Droit de l’ULg et par l’Institut Saint-Luc à Liège (section "design industriel") - "j’ai été recalé par un prof qui a affirmé que je n’avais pas de vision dans l’espace", se rappelle-t-il. C’est là que celui qui se définit comme "ingénieux plus qu’ingénieur" s’est pris de passion pour les arts décoratifs anciens et la restauration de meubles d’époque.

Deux années en "élève libre" à l’Institut Saint-Laurent, de nombreux livres dévorés et quelques voyages plus tard, Denis Bruyère acquiert progressivement la confiance de plusieurs propriétaires et fait la rencontre de restaurateurs d’œuvres d’art au sein de l’association belge qu’il intègre début 1990. Mais c’est dix ans auparavant que le Theutois d’adoption s’est lancé comme indépendant et qu’il a fondé son atelier personnel. Depuis lors, il a ouvert celui-ci à une autre indépendante, avec qui il travaille depuis près de quinze ans, et surtout à de jeunes apprentis à qui il offre l’occasion de venir se former à ses côtés.

L’année 2002 fut une année charnière dans le parcours de cet ébéniste-créateur puisque c’est à cette époque qu’il reçoit un coup de téléphone de Christopher Payne, ancien directeur du département mobilier de Sotheby’s à Londres et expert international de renom, lui demandant de fabriquer ce qu’il a appelé une "crazy furniture". C’est ainsi que trois plus tard, l’ébéniste theutois livrait à sa commanditrice, à savoir la directrice de la prestigieuse collection Lewis, "son" désormais célèbre Bernard l’Hermitte.

Après avoir été recommandé à un couple d’amis irlandais, Denis Bruyère s’est lancé depuis 2005 dans un nouveau et imposant défi, à savoir la construction par ses soins d’une mégalopole de quinze tours devant remplir une salle de passage entre deux pièces de leur château. Soit un projet impressionnant, baptisé "A new town for Martin’s Town", conçu comme "un village à l’intérieur d’un château" et requérant quasiment tout son temps.

"Il m’aurait fallu au moins quinze ans pour mener à bien ce projet si j’avais été seul", affirme l’ébéniste theutois. Et celui-ci de lever un coin du voile sur cette imposante réalisation en cours : "Chacune des tours créées raconte une histoire différente mais complémentaire. Les 4/5e de l’œuvre ont déjà été livrés en Irlande et on s’attelle depuis peu à la 5e et dernière partie, qui comprend la pièce maîtresse, conçue comme une ode à l’alpinisme, et qui doit être livrée dans un an".

Sans transition, c’est également en 2002 que l’idée d’agrémenter son VTT d’un surguidon lui vint, lors d’une balade effectuée avec son ami et ex-directeur du Giga (ULg), André Renard. Au départ sceptique puis très vite conquis par l’idée de son ami Denis Bruyère, André Renard lui propose de produire industriellement ce guidon permettant en outre de soulager les maux de dos, dont souffrent de nombreux cyclistes.

Depuis lors, une société a été créée par les deux compères et un manager de projet, tout droit sorti des HEC, se charge à temps plein de la faire connaître.

Le projet "D-bar" - c’est son nom -, qui a bénéficié du soutien de la Région wallonne, a même été avalisé par l’École du dos du CHU de Liège. "On a en fait inventé le vélo à géométrie variable avec un surguidon qui s’adapte à chaque utilisateur", souligne Denis Bruyère qui est ici revenu à ses premières amours de designer industriel et qui se réjouit aussi du fait que "le D-bar est maintenant en passe de devenir un produit prescriptible". Il souhaite vraiment voir se développer ce projet, pas tellement pour lui-même mais pour le jeune manager qui y travaille à temps plein, comme il souhaite voir ses apprentis évoluer et pouvoir un jour voler de leurs propres ailes.