Gazette de Liége

Aujourd'hui, n'importe qui écrit, n'importe comment, sur n'importe quoi. A travers un fatras de banalités il y a pourtant de temps à autre des initiatives qui forcent la sympathie. Ce ne sont pas nécessaire ment des romans ou des oeuvres littéraires, ce sont souvent des histoires familiales qui, en principe, ne devraient intéresser que les membres et les amis de la famille en question. Pourtant, en lisant certaines de ces histoires, on peut aussi apprendre pas mal de choses sur une époque, sur un village, sur des événements qui ont souvent dépassé le petit monde mis en scène. Même si on n'a vraiment rien à voir avec la famille de l'auteur, on peut prendre plaisir à en lire l'histoire. Presque toujours, il y a des aspects qui nous rappellent la nôtre. C'est ce que je viens de ressentir en lisant le récit autobiographique de Francis Baudouin alias Francis Baldewyns, qui, sous le titre " Francisse d'Engisse - 1945-1969 ", raconte son enfance à Engis, son adolescence, sa jeunesse jusqu'à son mariage. Deux autres tomes suivent : " L'odyssée d'un col blanc- 1969-1993 " et " Professeur d'espérance - 1993-2005 ". Francis Baudouin est l'exemple même d'une personnalité extravertie qui n'hésite pas à se livrer, à se montrer, à se raconter. Cela nous vaut un récit émaillé de très nombreuses photos de famille mais aussi de documents d'actualité très intéressants. Dans quelques générations, les descendants de Francis Baudouin, lui voueront une très grande reconnaissance pour leur avoir légué un tel ouvrage. Cela dit, Francis Baudouin n'en est pas à sa première publication, et parmi ses six ouvrages précédents, tous de fiction, dont un , " Les despotes éblouis " est préfacé par le professeur Albert Jacquard, je retiens " La barbarie des érudits " particulièrement bien construit et préfacé par Edmond Blatchen , un ancien " gamin " d'Engis, lui aussi. Toujours est-il que l'on trouve bien du plaisir à voir naître et grandir Francisse d'Engisse, dans un village comme celui que l'on garde tous, quelque part, au fond de la mémoire. On le suit dans les années de guerre, à l'école du village, dans la procession, dans la vieille église, devant le nouveau pont d'Engis, à l'Athénée de Huy, à l'université de Liège, la rencontre avec Josette, le service militaire et le mariage. Tout cela dans un style simple qui raconte avec émotion la manière dont on vivait, dont on aimait, dont on mourrait en ce temps là. Un temps chronologiquement si proche mais si lointain quand on le compare à la vie d'aujourd'hui. Pourtant il y aura sans doute, plus tard, des Francisse d'Engisse ou d'ailleurs pour se souvenir avec émotion de ces années-ci. " Livre, qu'un vent t'emporte parmi ceux que j'ai aimés L'arbre déraciné donne sa feuille morte " C'est cette citation de Victor Hugo qu'a choisi l'auteur en exergue à son livre. Heureusement, jeune sexagénaire, Francis Baudouin n'a rien d'un arbre déraciné, et les feuilles qu'il nous livre ne sont pas mortes, elles volent au pays des anges auxquels il dédie un poème dans lequel il fait rimer " ses objets engissois " avec " pour que les anges y soient ! "

1-" Francisse d'Engisse " Francis Baudouin- Édition du Prof- 15cm X 23cm-12€ - rens.04.368 82 12 www.editionsduprof.com