Gazette de Liége

Aujourd’hui nous avons, en moyenne, deux classes d’anglais pour une de néerlandais. Il y a dix ans, c’était l’inverse". Pour Anne Marrant, professeur de langues au lycée Saint-Jacques, le constat est sans appel : les langues nationales ne séduisent plus autant. À l’athénée Charles Rogier (Liège 1), l’on confirme : "En première, nous avons quatorze élèves qui ont choisi l’allemand, 29 le néerlandais et 200 l’anglais". Au collège Saint-Barthélemy, mêmes chiffres : 197 enfants en anglais, à peine 80 en néerlandais.

Manque de "glamour" en comparaison avec l’anglais, ses stars, clips et publicités ? Volonté des jeunes de s’armer pour un marché de l’emploi de plus en plus international ? Simple désintérêt pour des langues jugées "difficiles" ? Quoi qu’il en soit, l’allemand et le néerlandais ne suscitent plus la passion des foules.

Pourtant, faut-il rappeler la situation géographique exceptionnelle de Liège, à quelques pas du Limbourg, 30 km de Maastricht, 50 d’Aix-la-Chapelle ? "Aujourd’hui, la connaissance du néerlandais et/ou de l’allemand ouvre de nombreuses portes, souligne Gina Betz, du Forem. D’ailleurs, il y a davantage de Wallons travaillant en Flandre que l’inverse."

Améliorer l’apprentissage des langues nationales demeure donc essentiel en province de Liège. Pour ce faire, un vaste projet eurégional vient de voir le jour : Linguacluster. Stages en entreprises, plateforme d’apprentissage virtuel, formation des enseignants, échange de matériel pédagogique, rencontres, visites, le projet se veut une aide financière et logistique proposée aux écoles, une "mise en réseau" des acteurs concernés.

Le projet veut donner, entre autres, la possibilité aux écoles de l’enseignement maternel, fondamental et secondaire d’élaborer des projets d’échanges linguistiques et permettre aux élèves des écoles professionnelles et techniques d’effectuer des stages dans des entreprises eurégionales, par exemple dans le Limbourg ou à Aix-la-Chapelle.

Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Enseignement (CDH), explique : "Durant deux ans, les élèves pourront entrer en contact, s’informer de la vie quotidienne eurégionale et se frotter à la vie professionnelle dans les régions partenaires, les enseignants pourront partager leurs expériences" . "Il ne s’agit pas d’une idée expérimentale, mais bien d’un réel projet, avec un budget total de plus de quatre millions, financé à 50 % par l’Union européenne", précise Axel Noël, directeur de Liège Euregio-Meuse-Rhin. Quelque 130 écoles, 5000 élèves et enseignants sont d’ores et déjà concernés par le projet.

Concrètement, trente-trois classes liégeoises recevront un budget de 500 à 1400 euros pour développer des échanges linguistiques avec leurs camarades néerlandophones ou germanophones. Quant aux stages en entreprises, ils concerneront quelque 91 étudiants en région liégeoise. Un chiffre qui peut sembler insuffisant, mais qui, selon Jacqueline Deprins, coordinatrice régionale à la Communauté française, répond en général à la demande.

Plus d’infos et conditions d’admissibilité : jacqueline.deprins@cfwb.be ou danielle.junius@cfwb.be