Gazette de Liége

Tour d’horizon d’une rentrée chargée avec Willy Demeyer, maïeur PS, et Christine Defraigne, "chef de file" libérale.

Quel est votre regard général sur la politique menée à Liège ? Et quid du contexte budgétaire particulièrement délicat ?

Willy Demeyer (W.D.) : Depuis la reprise de sa dette par la Région, la Ville est désormais autonome. Sur le dossier des Guillemins comme sur les autres, la Ville a désormais la maîtrise. Mais il faudra néanmoins être attentif à la réforme du fonds des communes et tenir compte aussi de l’impact de la crise économique sur les finances communales. C’est ainsi que nous élaborons un budget 2010 prudent. Ma priorité est l’équilibre financier et je ne serai pas le bourgmestre qui va renouer avec le déficit.

Christine Defraigne (C.D.) : On a souvent l’impression que des évènements "poudre aux yeux" sont mis en avant par la Ville. Et quand on ne participe pas à une certaine ambiance générale, on est de suite taxé de mauvais citoyen. Sur le dossier des Guillemins comme sur d’autres, on peut constater un certain totalitarisme de la pensée dans le chef de la Ville. Au sujet des actions prioritaires contenues dans le Projet de Ville, peu ont été réalisées, notamment en matière de mobilité. Même si la dette a été reprise, il n’y a pas de véritable stratégie transversale. On peut aussi espérer une politique plus audacieuse en matière de fiscalité, un levier qui pèse encore trop lourdement sur les Liégeois.

Difficile de ne pas évoquer encore ici le dossier "chaud" de l'aménagement du quartier des Guillemins...

W.D. : La Ville ne pouvait pas aller plus vite et refuse de porter le chapeau. Le chantier de la gare a coûté trois plus cher et duré trois fois plus longtemps que prévu. Mais on considère la nouvelle gare comme un "cadeau" fait par la SNCB. Ce qui est clair, désormais, c’est qu’il existe un véhicule juridique et un financement afin de mener à bien le développement du quartier. La Ville a pris la main et la SNCB va bientôt la rejoindre au sein de la SDLG. Il faut aller vite mais on veut aussi éviter un syndrome de type place Saint-Lambert.

C.D. : On assiste actuellement à une politique stérile de renvoi de balle entre la Ville et la SNCB qui n’est pas saine du tout. On va inaugurer une soi-disant superbe gare devant un chancre. Les habitants du quartier sont usés des errements de la Ville. Il s’agit d’un dossier vieux de 16 ans mais c’est un dossier clé pour la Ville et la Région. La SDLG, imposée par la Région à la Ville, n’est là que pour masquer les carences de cette dernière. Mais c’est pourtant elle qui est concernée au premier chef par l’aménagement de son territoire. Il importe maintenant de fédérer les points de vue, de définir des options claires et de sortir de ce bourbier afin qu’on puisse utiliser ce levier formidable qu’est la gare.

Autre dossier important : celui du futur tram, porté au niveau régional par le ministre liégeois Philippe Henry...

W.D. : Philippe Henry est pour l’instant dans une phase d’étude du dossier. Mais il importe que ce dossier progresse vite. Le système de boucle en centre-ville défendu par Ecolo l’est aussi par certains au PS. Il faut une vision fonctionnelle et pragmatique. Ce qui est sûr, c’est que l’on a besoin des études le plus vite possible, car des incertitudes pèsent encore sur les Guillemins et sur Féronstrée. Il y a aussi l’élément psychologique constitué par la communauté urbaine. Dans ce cadre, un axe Seraing-Herstal est fédérateur et prioritaire. Si on se limite à la boucle préconisée par Ecolo, ça pourrait être dommageable pour la communauté urbaine.

C.D. : C’est bien qu’il y ait un consensus sur l’opportunité de faire revenir le tram à Liège. Mais il y a encore une certaine incertitude concernant le financement et le tracé aussi. Il faut inscrire le tram dans une vision globale de la mobilité. Ainsi, il faut impérativement se poser la question des parkings relais, du réseau de vélos en libre-service et aussi des piétonniers en centre-ville. Il y a par ailleurs une nécessité de complémentarité avec la SNCB sur la possibilité de réhabilitation de certains rails. Je constate que cela fait déjà longtemps qu’on parle du tram et la Ville est une fois de plus en retard sur le dossier.

Un petit mot sur le déménagement du Standard, probablement à Coronmeuse. Et quid dès lors du devenir de Sclessin ?

W.D. : Même si on attend encore la décision officielle du CA du club, la piste Coronmeuse est celle privilégiée par la Ville. Une opération préalable d’échange de terrains avec la Région a été effectuée. Au sujet de Sclessin, il s’agit d’un endroit privilégié où des bâtiments sont en cours de rénovation. Une étude va bientôt être lancée car il faut un projet pour ce quartier.

C.D. : La Ville se retranche derrière le fait que le Standard est une société privée. Ce qui est inquiétant, c’est la question de la mobilité dans le quartier. Il faut penser à l’irrigation mais aussi à l’évacuation de ce quartier. La question se pose aussi de savoir ce que l’on fait des bâtiments qui s’y trouvent encore actuellement. Et quid de l’utilisation du parc Astrid, notamment par les Ardentes ? Dans ce dossier comme dans celui du RFCL, tout est loin d’être réglé. Au sujet de Sclessin, il faut impérativement penser à sa réaffectation et éviter un syndrome de type Bavière.