Gazette de Liége

Avec plus 100 000 exemplaires écoulés, «Le coeur en poche», roman écrit alors qu'elle avait quinze ans, a propulsé son auteure au rang de phénomène de la littérature. Un cliché qui, comme tous les clichés, a la dent dure. Après un deuxième roman, «Le diable peint» (1990), et une absence littéraire d'une dizaine d'années, Christine Aventin est revenue au roman, résolue à tourner la page.

Etudes, errances et voyages se sont partagés ces années où l'auteure a, dit-elle, tout simplement vécu: «Je suis partie en Erasmus en Angleterre et un an en Pologne, j'ai emménagé et déménagé, j'ai eu aussi une expérience dans le journalisme lorsque j'étais responsable de rédaction à mi-temps pour le mensuel C 4. Pendant ce temps, il n'y avait pas d'envie d'écrire. L'écriture n'était pas bannie (les articles pour C 4, des lettres) mais l'écriture romanesque l'était. Après dix ans de silence, la question de l'écriture s'est posée. J'étais constamment associée au «Coeur en poche», ce qui a développé chez moi un rapport au temps très particulier: j'ai eu longtemps l'impression d'avoir constamment 15 ans. Une certitude s'est peu à peu imposée: la seule façon de ne plus être «Le Coeur en poche», c'était d'écrire et d'écrire autre chose. En arrêtant d'écrire, j'aurais couru le risque que cette assimilation au «Coeur en poche» reste éternelle».

Depuis 2001, Christine Aventin à publié deux romans, «Le désir demeuré» (2001) et «Portrait nu» (2005), le premier sur les rapports entre le désir et la mémoire et le deuxième sur la passion physique.

«Le désir demeuré» sera prochainement réédité au Somnambule équivoque. Christine Aventin précise: «Le désir demeuré» est un texte auquel je tiens mais malheureusement, il n'a pas eu une longue vie car la maison d'éditions Ancrage a depuis cessé ses activités. Pour les éditions Le Somnambule équivoque, j'ai revu le texte et apporté quelques changements. La première partie reste grosso modo la même mais j'ai éclairci la deuxième: j'y situe plus clairement «l'inconnue» - le personnage qui prend le relais de la narration -, privilégié le sens plutôt que l'image poétique et ajouté quelques charnières pour articuler le récit».

Christine Aventin a désormais trouvé sa voie via une écriture poétique mais précise et une structure de récit exigeante. «Pour chaque livre, je veux, je cherche une écriture et une structure propres. Il s'agit de trouver à l'intérieur de ce que j'ai à dire, une structure et une écriture nécessaires et uniques. Il me faut évidemment un temps fou pour écrire les premières pages mais ensuite, comme dans un organisme, le coeur bat, le sang circule...»

Dans «Portrait nu», la narratrice décrit ses aventures sexuelles avec un couple en plongeant sans cesse dans ses douloureux souvenirs d'enfance. Phrases explosées, ponctuation cahotique et pensées écartelées cherchent à décrire le sexe, la vie, la mort et la haine. Le roman est divisé en 3 parties comprenant chacune 7 chapitres (ayant tous la même taille). La première partie décrit une nuit, la deuxième une semaine et la troisième une saison: «Avec le même nombre de mots, je dis la nuit, une semaine, une saison, ce qui doit créer une sensation d'accélération», ajoute Christine Aventin.

LA SEULE FAÇON DE NE PLUS ÊTRE «LE COEUR EN POCHE», C'ÉTAIT D'ÉCRIRE ET D'ÉCRIRE AUTRE CHOSE

Roman habillé de douleurs, «Portrait nu» n'a pour son auteure - comme tout travail littéraire - aucunement le rôle de thérapie. «Il faut avoir été jusqu'au bout des larmes pour pouvoir disséquer ce qu'on vécu avec autant de précision et de froideur. La douleur a déjà été vécue avant». Christine Aventin s'est remise à l'ouvrage; les 50 premières pages d'un livre analysant le ressenti de «très vieilles dames» sur le temps qui passe, sont déjà écrites.

© La Libre Belgique 2006