Gazette de Liége

Les chroniques consacrées aux souvenirs de la libération de Liège et des environs continuent à susciter des réactions de la part de nos lecteurs qui manifestement ont apprécié ces évocations.

Des témoignages continuent à nous arriver. Tous sont intéressants mais nous sommes obligés d'écarter ceux qui font double-emploi. Puisque nous sommes toujours dans la période de ce 60e anniversaire, nous en avons encore retenus quelques-uns qui abordent des événements dont il n'a pas encore été question. C'est le cas de ce témoignage de Jacques Pirmolin de Grâce-Hollogne qui avait une quinzaine d'années en 1944. Trop jeune pour être engagé mais suffisamment mûr pour avoir des souvenirs très précis.

Au cours des années 43 et 44, les Allemands avaient transformé le terril de l'ancien charbonnage des Corbeaux au Berleur (Grâce-Berleur) en poste antiaérien. Le 6 septembre en fin de matinée, l'arrivée de troupes américaines est annoncée sur les hauteurs de Mons-lez-Liège. Rapidement la nouvelle se confirme par des tirs de char qui arrosent le Corbeau.

Les Allemands ripostent au moyen de leurs canons antiaériens mais avec des obus dont l'explosion est réglée à une distance de 3000 à 4500 m. Ce qui fait qu'ils éclatent au-dessus de la vallée avant d'atteindre leur objectif. Vers 16h, le site du Corbeau est détruit et les Allemands (pour la plupart de très jeunes recrues 16 à 17 ans) s'enfuient. La colonne blindée américaine poursuit son avance, une partie par Velroux, Bierset et les hauteurs de Hollogne, l'autre plongeant par le Thiers Saint-Léonard au centre de Hollogne avant de gagner Grâce.

Malgré le danger, la population les acclame tout le long de leur passage. Au carrefour des rues Tirogne et Vinâve, trois puissants Sherman arrivent les premiers. La population les entoure dont une dizaine de jeunes parmi lesquels notre correspondant. Une jeune fille un peu plus âgée s'approche d'eux et demande si quelqu'un sait comment remercier les libérateurs. Un des jeunes lui répond: «Kiss me quick» sans lui donner la traduction (embrasse moi, vite). Du coup, quelques Américains sautent des chars et s'exécutent allégrement. Et M. Pirmolin d'écrire que la brave Denise K. aujourd'hui encore n'est pas remise de sa surprise.

Le village est à peine libéré qu'arrive une division entière de blindés (+/- 20000 hommes) et bientôt sur les champs qui entourent le fort, un grand village de toile est installé. Cette unité qui vient d'être relevée va enfin bénéficier d'un repos de trois jours. Le premier depuis son débarquement en Normandie. En quelques heures une grande fraternité unit les Américains et la population. Les soldats sont accueillis dans les familles, on leur rend des services, on lave leur linge. Cette vie en symbiose entre les Américains et la population des environs durera jusqu'à la fin de la guerre en mai 45. Car, à la division blindée retournée au front, succédera une puissante unité de génie de l'US Air Force.

Nous évoquerons dans notre prochaine chronique la suite des souvenirs de Jacques Pirmolin qui, cette fois, ont trait à l'installation et à l'activité de cette unité sur la plaine de l'aérodrome militaire de Bierset.

© La Libre Belgique 2004