Et des lettres de Léopold Ier

Paul Vaute Publié le - Mis à jour le

Gazette de Liége

C’est une affaire complexe", a déclaré d’entrée de jeu la présidente de la quatrième chambre de la cour d’appel de Liège, appelée mardi à examiner l’affaire des archives disparues de l’évêché de Liège (LLB-Gazette, 24/4). Les avocats ont confronté leurs arguments, favorables ou non au jugement rendu par le tribunal correctionnel de Liège qui, le 30 mars 2009, acquitta le prévenu.

Affaire complexe, mais aussi singulière. Celui qui sera, au bout du chemin, déclaré coupable de vols ou victime de sept années de martyre judiciaire, s’appelle Olivier Dandoy, né à Ixelles en 1961, diplômé en politique et relations internationales de l’ULB, aujourd’hui haut gradé de la Commission européenne, membre de l’équipe du président José Manuel Barroso. C’est un passionné d’en-têtes et d’iconographie. "Il en a fait un hobby de commerce exercé parallèlement à ses fonctions, mais délictueux quant à l’origine des pièces", estime l’avocat des archives diocésaines Me Jean-Marie Discry.

Les pièces mentionnées comme dérobées sont au nombre d’une soixantaine. Elles comprennent deux lettres de Léopold Ier, datées de 1853 et 1859, ainsi qu’une lettre de Marie-Amélie, épouse du roi des Français Louis-Philippe et belle-mère de notre premier Souverain. Selon l’accusation, ces trois documents proviennent du Fonds de Montpellier, du nom de celui qui était alors évêque de Liège et dont un tableau, conservé à l’hôtel de Ville, relate sur le mode romantique l’affrontement avec le bourgmestre Piercot (voir photo). Olivier Dandoy a-t-il volé ces écrits à l’évêché ? C’est en tout cas chez lui qu’ils ont été retrouvés au cours d’une perquisition.

Parmi les autres pièces manquantes, 35 appartiennent au Fonds Philippe-Joseph Boucquéau (1773-1834), que personne hormis Olivier Dandoy n’aurait consulté ces dernières décennies, selon le registre tenu aux archives. Boucquéau était un avocat, mandataire politique, propriétaire de la Fabrique de Céramiques d’Andenne (gérée par son épouse), devenu plus tard chanoine puis doyen du chapitre cathédral de Liège. Ces papiers-là n’ont pas été retrouvés chez Olivier Dandoy. Ils ont atterri chez une de ses connaissances, le second prévenu (pour recel), un marchand qui a déjà eu maille à partir avec la justice mais qui nie avoir agi frauduleusement. Pour corser le tout, l’enquête a également permis de retrouver chez ce dernier des documents appartenant à des entreprises du Sud de la France auxquelles Olivier Dandoy rendit visite naguère.

Oui, mais "Il n’y a pas d’inventaire complet ni précis du contenu des fonds de l’évêché", objecte Me Alain Vergauwen, qui défend le haut fonctionnaire dont "on a voulu avoir la peau", en s’étendant notamment sur les conditions de conservation des archives épiscopales (voir "Epinglé"). Il est impossible, pour lui, de démontrer que son client fut seul à consulter le Fonds Boucquéau. Quant au Fonds de Montpellier, il ne l’aurait jamais ouvert. Les trois lettres "royales", assure-t-il, lui ont été cédées avec d’autres vieux dossiers par un notaire honoraire anversois décédé depuis. Son fils, interrogé, émet pourtant les plus grands doutes, mais qu’en savait-il ? Quant aux entreprises françaises évoquées "Trois firmes de Cognac m’ont remercié pour ce que j’ai fait", assure Olivier Dandoy, qui les a débarrassées de leurs archives. Et 4/5e des pièces retrouvées chez le prévenu pour recel proviendraient de firmes qu’il n’a jamais visitées.

Pour l’avocat général comme pour celui de la défense, il n’y a pas lieu de réviser le jugement rendu en correctionnelle. Ce n’est évidemment pas l’avis des représentants de l’évêché. La cour rendra son arrêt le 22 mai.

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