Gazette de Liége

Le 27 janvier 2010, une explosion frappait deux immeubles de la rue Léopold, provoquant la mort de 14 personnes. Une vingtaine de blessés ont été dénombrés, et plus de 500 personnes ont été évacuées. L'explosion a frappé tout un quartier, touchant une centaine d'immeubles. Aujourd'hui, le quartier porte toujours les traces de la catastrophe, les bâtiments vides sont nombreux, et la parcelle qui accueillait les immeubles 18 et 20 est un trou béant. Après le sinistre, 38 logements ont été réquisitionnés par la Ville, le gouvernement wallon ayant permis aux sinistrés d'accéder à un logement social en urgence pour une durée de 6 mois, renouvelable une fois. Les personnes dont l'habitation était détruite et celles dont l'immeuble était mis sous scellé pour cause d'instabilité ont eu priorité.

A Liège, selon les derniers chiffres, 84 personnes ont été relogées au sein des deux sociétés de logement social. Actuellement, selon les données de la Maison liégeoise, 28 ménages, soit 58 personnes bénéficient toujours d'un logement, provisoire ou définitif. Dix autres sinistrés sont toujours hébergés dans un logement du Logis social. Juste après la catastrophe, une trentaine de personnes avaient également été accueillies par des sociétés de logement social d'autres communes (Ans, Auderghem, Beyne-Heusay, Fléron, Herstal, Jemeppe, Saint-Nicolas). Les sinistrés qui n'ont pas été relogés dans le circuit social ont été hébergés par des proches ou se sont tournés vers le circuit locatif privé, provisoirement ou non. "Ces personnes habitaient des logements moins touchés par le sinistre", précise la Ville par communiqué.

Suite à l'explosion, une centaine d'immeubles a été examinés, avant que les personnes évacuées ne puissent réintégrer leur logement. De nombreux travaux de mise en conformité ont été exécutés ou doivent encore l'être. Actuellement, 18 arrêtés d'inhabilité sont toujours en cours. Certains sont en cours de rénovation ou seront réaménagés dans les prochaines années. Les parcelles et les bâtiments directement concernés restent en l'état, en attente du projet de requalification du quartier, toujours à l'étude.

Les familles ne savent toujours rien

Un an après l'explosion qui a ravagé deux immeubles de la rue Léopold et provoqué la mort de 14 personnes, les familles des victimes et les rescapés ne savent toujours pas où en est l'enquête. "Nous demandons tous les trois mois à avoir accès au dossier, par l'intermédiaire de notre avocat mais cela nous est refusé", explique Benoît Robert, le père d'Alexis, un jeune Hannutois décédé suite à l'explosion. "Nous nous sommes pourtant portés parties civiles. On nous a dit que c'était dû au fait que la police judiciaire faisait un complément d'enquête. Mais la prochaine fois que l'on fera une demande, si on nous refuse l'accès au dossier, on ira en appel. Ce n'est pas normal que l'on ne sache toujours rien après un an".

Toutes les familles sont dans le même désarroi. Elles ne s'expliquent pas la mort de leurs proches. "On nous a dit qu'un rapport de 50 pages avait été remis au parquet", ajoute Benoît Robert. "Les experts y précisent que l'explosion n'est pas due au gaz, ni à une bonbonne. Ce n'est pas non plus un attentat, ni un suicide. Mais qu'est-ce que c'est, alors ? Il y a quelques chose de nébuleux là-dessous. En tout cas, on ne lâchera pas le morceau. Il y a une cause à cette explosion, il faut la trouver".

Pour Nathalie Henrion, rescapée et compagne d'Andy Terren, lui-même décédé, "on ne sait rien, on n'a aucune nouvelle. Mais c'est quand même une drôle de coïncidence que les pompiers soient venus trois jours avant l'explosion suite à une alerte. Pour moi, la cause, c'est le gaz. » Benoît Robert tient le même discours : « Il y a eu des choses bizarres, à l'ALG. Des faux, notamment au niveau du rapport d'inspection de l'immeuble". Demain/jeudi matin, date anniversaire de la catastrophe, les familles assisteront à la cérémonie de commémoration, vers 10 h 30. Une stèle sera inaugurée face au lieu du drame. Une messe se tiendra également à Hannut, d'où venaient trois des victimes. Une autre est prévue à Hasselt, ville d'origine de Vicky Storms, samedi. Vendredi, les proches auront aussi la possibilité de rencontrer le médecin légiste, et ainsi trouver quelques réponses à leurs questions.

L'ALG se dit disculpée

Un an après l'explosion qui provoquait l'effondrement de deux immeubles de la rue Léopold, à Liège, l'Association liégeoise du gaz (ALG) assure avoir été disculpée par l'enquête, toujours en cours. "Je n'ai pas l'autorisation de parler de l'enquête en cours, d'autant qu'elle a disculpé le gestionnaire de réseau", précise Michel Lemmens, conseiller en prévention et porte-parole du secteur gaz chez Tecteo (ex-ALG). "Nous avons été disculpés suite aux premiers examens. Des tests ont été faits sur les conduites au niveau des voiries et sur les compteurs des immeubles effondrés, qui sont dans le même état qu'avant l'explosion". Ils n'en seraient donc pas la source.

Trois jours avant les faits, une alerte "odeur de gaz" avait été signalée au numéro 18 de la rue Léopold. Une première inspection de l'installation et des appartements a été faite par les pompiers. Puis un premier agent de l'ALG est venu inspecter les lieux, mais il est à peine entré dans le bâtiment, se basant sur l'analyse des pompiers. Un second agent a effectué les contrôles d'usage. Tous deux ont signé le rapport qui a été qualifié de faux, le premier agent n'ayant pas fait son travail. "Mais les constatations des pompiers et de l'un des agents ont été les mêmes", insiste Michel Lemmens. "Ils ont conclu à une fausse alerte".

Par ailleurs, dans les semaines qui ont suivi la catastrophe, l'ALG a été mise à pied d'œuvre par la Ville, qui lui a demandé de vérifier toutes les installations de gaz des bâtiments du quartier. Ce travail a été fait en collaboration avec AIB-Vinçotte, organisme de contrôle des installations. Si le dossier "Léopold" est clos au niveau du service technique de l'ALG, il reste entre les mains du service juridique tant que l'enquête n'est pas close.

Il ne s'agit pas d'un acte volontaire

L'explosion qui a causé le décès de 14 personnes le 27 janvier 2010 rue Léopold à Liège n'est pas le fruit d'un acte volontaire, a expliqué mercredi le procureur du Roi de Liège, Danièle Reynders, lors d'une rencontre avec la presse. Un dossier pour homicide a été ouvert au parquet de Liège. L'enquête est toujours en cours. Le procureur liégeois espère qu'elle pourra être clôturée dans un an, au début de l'année 2012. La cause volontaire a été écartée. L'explosion peut donc être d'origine involontaire, auquel cas des poursuites pourraient être engagées pour défaut de prévoyance ou de précaution, ou accidentelle.

Toutes les pistes ont été examinées, a confirmé Mme Reynders. Mais tant celle du terrorisme, que du suicide ou d'une fuite sur les conduites de l'ALg ont été écartées. Le gaz est toujours désigné comme responsable mais les circonstances et les éventuelles responsabilités humaines n'ont pas encore pu être dégagées.

Selon Danièle Reynders, il est possible que les causes réelles de l'accident ne soient jamais connues. "Il se peut que ce soit un accident, et qu'on ne sache jamais ce qui s'est réellement passé", a-t-elle précisé. Le procureur du Roi a annoncé qu'elle rencontrerait prochainement les familles des victimes. "Elles ont le droit de savoir quand et comment les victimes sont décédées, cela sur base des rapports médicaux", a conclu Mme Reynders.