Gazette de Liége

Modeste Ngoie Mukulu Muntu, plus connu sous le nom d’artiste "Mode Muntu" ("l’homme modeste"), est né en 1940 à Mwanza, un petit village de la province du Katanga. Peu après sa naissance, sa famille s’installe à Elisabethville (devenue Lubumbashi). En 1954, âgé seulement 14 ans, le jeune peintre s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts d’Elisabethville où il développe sa personnalité artistique. En 1958, lors de l’exposition universelle de Bruxelles, son travail atteint une dimension internationale lorsqu’il s’expose aux côtés d’autres figures majeures de la peinture congolaise de l’époque (Pili-Pili, Bela, Mwenze…). Au début des années 60, les circonstances politiques et sociales qui entourent l’indépendance du Congo plongent le peintre dans l’anonymat avant d’être retrouvé par une équipe de l’Institut des musées nationaux du Zaïre. Les années 70 représentent une période faste pour le peintre qui reçoit un prix de la revue "African Art" et participe à des expositions au Congo. En 1985, il meurt brusquement d’une dysenterie alors qu’il peint "Le Linceul", une mise en scène de sa mort.

Solitaire, rêveur et réservé, Mode Muntu arbore tout au long de sa vie l’étiquette d’homme modeste tandis que son expression artistique reflète le regard qu’il porte sur l’homme et la société. "Pour lui, la culture doit être un mode d’expression et non pas un marché financier", précise Jean-Michel Heuskin, directeur de l’ASBL Mnema, gestionnaire de la Cité Miroir. En exposant son œuvre dans ce lieu dédié à l’éducation, la mémoire et la culture, il s’agit de "briser cette vision folklorique de l’art africain et d’intégrer l’œuvre de Mode Muntu dans l’art moderne contemporain". Méconnu du grand public et ne figurant dans aucun livre d’histoire de l’art, il s’agit donc aussi pour l’ASBL, trente ans après sa disparition, de participer à la reconnaissance de l’artiste, à l’instar de ses compatriotes congolais. Notons ici qu’il existe un lien particulier entre la Cité ardente et le parcours de Mode Muntu puisque c’est à Liège, en 1955, que l’artiste expose pour la première fois. Liège est aussi jumelée à la ville de Lubumbashi.

Une peinture vivante, colorée et instinctive

"Je pense que Mode Muntu sera l’artiste du XXIe siècle. Peu d’artistes provoquent une telle émotion avec un discours universel", souligne Michaël De Plaen, commissaire de l’exposition qui tente depuis cinq ans, notamment au travers d’un écrit (1), d’amener au grand jour le travail de Mode Muntu. Né en 1979 à Lubumbashi où il vécut jusqu’en 1990 avant de s’installer avec sa famille dans l’Ardenne belge, il a, enfant, lui-même cotoyé le peintre dans son atelier tandis que son père avait l’habitude d’échanger avec ce dernier.

Après une contextualisation géographique et une biographie du peintre, l’exposition s’articule par thématiques. La première est consacrée aux mythes et légendes que Mode Muntu a entendus durant son enfance et qu’il a mis en images dans une partie de son travail tel que le "Calendrier lunaire luba" (ci-haut). L’on découvre ensuite les œuvres de jeunesse du peintre, période durant laquelle, après une phase dominée par des monochromes, il manifeste le besoin de rendre sa peinture plus vivante par l’utilisation singulière de points et de traits (présents dans l’art local et l’artisanat), puis de silhouettes filiformes en mouvement qui deviendront sa "patte", de sorte que son œuvre est aujourd’hui facilement reconnaissable. Mode Muntu se caractérise également "par le mélange de couleurs et un visuel très graphique. Il peint essentiellement à la gouache sur carton", ajoute celui qui l’a vu peindre. Plus loin, l’exposition dévoile le rapport de l’artiste avec la société, les valeurs. Ce dernier peint des proverbes, ses références culturelles mais aussi ses tourments. Protestant, il peint aussi la religion, la santé. Enfin, l’exposition met en exergue le peintre comme s’inscrivant dans un mouvement artistique universel.


---> Tarif : 7 euros (adultes), 5 euros (-26 ans).

(1) Livre : "Mode Muntu", Michaël De Plaen, 2015 (monographie posthume), 3 euros.