Gazette de Liége

Pas d’année (ou très peu) sans commémorations. Pour celle du bicentenaire de la mort d’André Ernest Modeste Grétry (1741-1813), Liège se devait de mettre les petits plats dans les grands. Ce sera bien le cas, avec un grand concours des forces vives culturelles et sans attendre puisque les notes d’envoi seront données dès le 23 juin prochain, dans le quartier d’Outremeuse qui vit naître le compositeur de "Richard Cœur de Lion".

En France, où cet enfant du pays accomplit l’essentiel de sa carrière, l’administration des grands anniversaires ne l’a pas oublié non plus. Le Centre de musique baroque de Versailles, instance de référence en la matière, ainsi que des éditeurs discographiques préparent une floraison d’enregistrements. L’occasion d’une (re) découverte pour beaucoup de mélomanes "Grétry, on le connaît bien, mais on connaît mal son œuvre, remarque le pianiste concertiste Patrick Dheur, chargé de mission Grétry 2013 en Cité ardente. On le joue très peu et quand on veut le jouer, on ne trouve pas les partitions". L’édition musicale devrait, elle aussi, s’activer prochainement.

Inauguration le 23 juin, donc, dans le cadre de la Fête de la musique, avec un événement qui se voudra populaire (et gratuit) : les ouvertures d’opéra les plus célèbres de celui qui fut le maître du genre en son temps, au Manège de la caserne Fonck, par l’Euro Symphonic Orchestra (Pascal Peiffer) et le ballet de l’académie Grétry (Edith Quignon). Le Rotary ajoutera aux réjouissances par un bar-barbecue au profit d’œuvres caritatives.

Bien sûr, on attendait aussi et surtout que l’art lyrique soit mis à contribution. Ce sera le cas avec la première mondiale de l’opéra-comique inédit récemment exhumé "L’officier de fortune" (cfr LLB-Gazette de Liége, 2/12/2011), le 20 octobre prochain, par l’Opéra royal de Wallonie (Patrick Davin). Suivront, en juin 2013, "Guillaume Tell" par l’ORW également (Claudio Scimone), en octobre suivant l’opéra-ballet "La caravane du Caire", par l’orchestre Les Agrémens (Guy Van Waas), et en novembre-décembre un autre opéra-ballet particulièrement adapté au jeune public, "Zémire et Azor", au Petit Théâtre de l’ORW. Une curiosité à épingler le 8 décembre (toujours 2013) : "Le mariage d’Antonio", divertissement en un acte composé par Lucile, fille de Grétry, à l’âge de 14 ans. On suppose que papa lui donna un coup de main C’est l’orchestre à cordes I Musici Brucellensis (Zofia Wislocka) qui interprétera au musée des Beaux-Arts.

Du grand homme seront encore joués le "Confitebor", motet où l’influence de Pergolèse est patente, par le Chœur de l’académie Grétry et des Disciples de Grétry (Frédéric Collinet) avec Pierre Thimus à l’orgue (29 mai, église St-Jacques) ainsi que des œuvres de jeunesse centrées sur l’orchestre à cordes, par l’Orchestre royal de chambre de Wallonie (9 mars, collégiale St-Denis). Les élèves de la classe de composition du Conservatoire royal seront quant à eux conviés à "réinventer" la musique de Grétry. Surprises garanties (26 avril, Grand Curtius). Le théâtre ("Grétry de tous les temps", sur base des souvenirs du dramaturge Jean-Nicolas Bouilly, le 23 mai au théâtre de la Place) et même les marionnettes (en mars et août au musée Tchantchès) seront aussi de la partie.

Outre les spectacles, variés comme on le voit, une pièce majeure de l’année Grétry sera l’aboutissement de la rénovation tant attendue de sa maison natale devenue musée, rue des Récollets. "Elle avait besoin d’une rénovation totale, explique Patrick Dheur qui est aussi responsable du musée : le toit, l’annexe, le plancher, l’électricité La Ville de Liège a mené un énorme travail. Il fallait aussi remettre les collections en bon état scientifique". Ce petit havre de paix typiquement liégeois, inauguré en tant que musée par le roi Albert et la reine Elisabeth en 1913, rouvrira ses portes au public le 9 mars 2013.

Sur le plan scientifique et académique, enfin, signalons le colloque qui sera consacré à Grétry en septembre à l’Université de Liège et qui donnera lieu à publication. Le mois précédent, Patrick Dheur présentera "L’officier de fortune" au congrès de l’association des Cercles francophones d’histoire et d’archéologie, à l’ULg également.

Beau sujet, soit dit en passant, que la manière dont Grétry, considéré comme un fils des Lumières, traversa non sans opportunisme les tourmentes de son temps. Directeur de musique de la reine Marie-Antoinette, il sauva sa tête sous la Révolution et fut fait chevalier de la Légion d’honneur par Napoléon, alors que le célèbre "Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille" allait devenir l’hymne non officiel du royaume de France pendant la Restauration ! C’est au moins la preuve que sa musique plaisait à tout le monde