Gazette de Liége

De plus en plus souvent, des petites publications mettent en valeur l'une ou l'autre commune, l'un ou l'autre village. Ce genre d'initiative souligne, une fois de plus, combien à notre époque cette recherche de racines, d'appartenances, de souvenirs, répond à un véritable besoin.

C'est une fois encore Noir Dessin Production, maison bien liégeoise s'il en est, qui ajoute à sa collection une sorte d'album photos du Grivegnée d'autrefois.

Des photos dotées de légendes du style des commentaires que l'on trouve dans tous les albums de famille.

On commence par le quartier de la Bonne-Femme avec des photos de l'ancienne église des oblats, du casino du Beau-Mur dont il ne reste aujourd'hui que les pilastres de la grille d'entrée. Le nom de Bonne-Femme vient de l'enseigne qui, en 1762, se trouvait sur une maison du bout de la rue. Selon Gobert, une enseigne représentant une femme sans tête était chose courante dans les siècles passés. Ces représentations d'une femme dont ne voyait pas la tête (parce que, selon Virgile, la renommée cache sa tête dans les nuages) portaient pour inscription «A la bonne Fame». Autrement dit: la bonne renommée car tel était le sens du mot «fama».

Au cours des siècles, fame serait devenu femme, et la représentation de la renommée dont la tête était dans les nuages est devenue une simple mortelle sans tête. Michel Elsdorf, auteur du Grivegnée de Noir Dessin Production, adopte la vieille et humoristique explication du peuple de Liège. C'est une bonne femme parce qu'elle n'a plus de tête et dès lors plus de possibilité de parler...

De page en page, on découvre les photos d'anciennes entreprises (Teco, distillerie de Belleflamme, Cuivre et zinc, l'usine Orban, Athus-Grivegnée, Chaudoir, Posson, etc.), de maisons à l'étonnante architecture, d'écoles, d'églises, de devantures de magasins.

On y voit aussi des processions avec des petites filles en robe blanche, des curés en soutane et des religieuses à grande coiffe. Ainsi que quelques photos de faits divers (collision entre un tram et un train, inondations de 1926). Et puis plusieurs cartes postales sur lesquelles des messieurs aux moustaches impressionnantes souhaitent «Un bonjour de Grivegnée».

Quelques photos d'anciennes annonces publicitaires où l'on parle de «denrées coloniales», de «lavette nationale» ou d'un thé dépuratif du docteur Alfred Delsemme de Grivegnée, se glissent entre des clichés rappelant que Grivegnée a été durement touchée par les bombes volantes.

Des photos de l'occupation allemande pendant la Première Guerre, de la libération en 1944 retiennent l'attention avec, notamment, l'évocation du jeune scout Jacky Jansen abattu par une balle allemande alors qu'il hissait le drapeau belge sur le clocher de l'église de Robermont, le 8 septembre 1844.

Grivegnée autrefois c'était aussi les belles villas de Peville, la ferme-château de Gaillarmont devenue l'hôpital des Bruyères. C'était aussi le cimetière de Robermont et le fort de la Chartreuse. Une vielle maison de Grivegnée aujourd'hui insérée dans les constructions de la rue Belvaux est ce qui reste de la ferme ayant appartenu à l'Abbaye des Chartreux.

De pensionnats en écoles, de cercles catholiques en maisons du peuple, de cortèges en processions, du chien de charrette au cheval du charretier, ce n'est pas sans émotion que l'on tourne les pages de cet ouvrage consacré à Grivegnée mais qui reproduit des moments que l'on retrouve dans tous les albums de photos des générations passées.

© La Libre Belgique 2006