Gazette de Liége La vie passée des travailleurs de la laine à Verviers.

La récente sortie de deux ouvrages dans les collections de l’Institut du Patrimoine wallon (voir La Libre-Gazette de Liége du 5 janvier 2018) a remis dans l‘actualité ce que fut la prospérité de la ville de Verviers au temps de l’industrie de la laine. Ce sont des reportages photographiques réalisés fin 19e début 20e siècles par trois grandes entreprises verviétoises qui constituent la base de l’ouvrage intitulé "Vies de laines". Plus de 300 photographies montrent des ateliers et des groupes de membres du personnel depuis les enfants travailleurs jusqu’aux membres des directions en passant par tous les échelons des travailleurs et travailleuses. On peut être terriblement interpellé par ce que l’on devine derrière les expressions figées. Cette impression se confirme lorsqu’on lit les quelques pages de commentaires qui, outre la description du développement de l’industrie lainière verviétoise, évoquent aussi les conditions de travail et la vie des travailleurs.

Collecte d’urines !

Ça commence par le lavage de la laine pour lequel on avait recours aux "chaudières à urine". Deux fois par semaine une charrette tirée par un cheval, collectait dans un grand tonneau, les urines que les ménagères apportaient par seaux en échange de quelques centimes. On évoque un vieux voiturier qui, pour s’assurer, qu’on n’avait pas ajouté de l’eau dans les urines y trempait son index et le suçait ! C’était ensuite le cardage d’abord à la main et ensuite par des machines qui souvent happaient une main ou un bras. Venaient ensuite le peignage et la filature, ensuite c’était la teinture et pour l’ouvrier teinturier c’était un travail particulièrement sale. Enfin venaient le tissage et les apprêts.

Le travail des enfants

À toutes les étapes, on rencontre des enfants de 5 à 12 ans au travail. Un véritable scandale qui a mis longtemps à être supprimé. Dans le rapport d’une commission d’enquête de 1886, on lit qu’il arrive souvent qu’on trouve des petits endormis auprès des machines. Sur la photo qui illustre cet article, on peut voir, dans le bas à droite, l’avant-dernier personnage au premier rang. C’est un petit garçon, pieds nus, les bras croisés et qui est pourtant le seul à sourire. Peut-être, pour lui, le branle-bas généré par les prises de photos, était-il une véritable récréation. Le travail des femmes était aussi éprouvant et, là, il y aurait beaucoup à dire sur ce que peut être un harcèlement. L’insalubrité des ateliers est épouvantable avec les lieux d’aisances dont les portes doivent rester ouvertes dans des locaux où on mange, où on se déshabille. Cela dit, on peut être reconnaissant à Freddy Joris, ancien administrateur-délégué de l’IPW, et à ses collaborateurs pour la publication de ce livre qui montre ce que peut être la face cachée d’une prospérité.

"Vies de laines". Collections IPW. 352 pages. 25,2 X 30 cm. 25 euros.