Gazette de Liége Vin chaud, "bounâmes", boudin noir ou blanc et bouquettes.

Chaque année, quand revient Noël, j’aime évoquer le temps où quand j’étais petite (et ça fait quelques décennies…), autour de moi se développait toute l’agitation de la préparation de la fête. Le verre de vin chaud avec sucre, clou de girofle et cannelle que je me fais chauffer ce soir, a sur moi l’effet de la madeleine sur Marcel Proust et les souvenirs de mes Noëls liégeois d’autrefois affluent.

La veille, on avait garni le sapin dont la branche la plus haute devait toucher le plafond. Maman avait sorti les cartons avec les boules de Noël multicolores. Il y avait aussi des sujets comme des oiseaux, des paniers… Il y avait aussi une guirlande faite d’ampoules peintes en bleu, rouge et vert. Plus tard, ce seront des guirlandes de petites lumières. Et chaque année, les nerfs de la famille seront mis à rude épreuve en tentant de démêler les fils qui, manifestement, passent l’année dans leur boîte en s’amusant à s’entremêler le plus ingénieusement possible.

La veille de Noël, la maison se remplissait d’effluves prometteuses. On sentait le parfum de pâte chaude des "bounâmes", dit-on à Liège pour les bonshommes en pâtes piquées de morceaux de sucre. Et puis l’odeur du lapin aux pruneaux que ma grand-mère faisait doucement mijoter sur le bord de la taque de la grosse cuisinière.

Petit Jésus et Père Noël

La vieille crèche, qui avait vu ma grand-mère petite fille, était à sa place en dessous du sapin. Les personnages avaient été souvent repeints, le cou d’un roi mage et celui d’un berger montraient des séquelles d’un grave accident. La mangeoire était vide, on mettrait le petit Jésus à sa place en revenant de la messe de minuit. Bientôt, on mangerait des rondelles de boudin noir et blanc en guise d’apéritif, puis une soupe à l’oignon et le lapin aux pruneaux avec des frites.

Ensuite, c’était le chemin enneigé (si possible) vers l’église pour la messe de minuit. Au retour, la tête pleine de chants de Noël, le feu de bûche était ranimé au son des Noëls wallons diffusés par le tourne-disques. Un tas de bouquettes aux raisins trônait au milieu de la table (la bûche serait pour le lendemain). On en mangeait avec un verre de vin chaud en déballant les cadeaux devant la crèche. Les grands prendront encore un ou deux verres de pèket avant d’aller dormir. Plus tard, comme ma mère me l’avait raconté, j’expliquerai à mes enfants et à mes petits-enfants que c’est le père Noël avec son traîneau qui aide le petit Jésus à apporter les cadeaux. Ce qui évite toute concurrence ! Mais les fêtes de Noël liégeoises d’aujourd’hui ont aussi leur charme et je vous en souhaite d’excellentes.