Gazette de Liége

CHRONIQUE

Les petits formats tiennent bon la rampe pour la plupart des expositions à cheval sur la fin d'une année et le début d'une autre. Mais voici, un peu à part et inattendue, la démarche d'une poignée d'artistes liégeois qui ont voulu rendre un hommage à John Lennon, un quart de siècle après son assassinat. Ils sont donc, par hasard,... vingt-cinq à avoir réalisé, sous l'appellation «Imagine, a tribute to John Lennon», des oeuvres qui batifolent de l'aquarelle à la peinture, en passant par la photo et la sculpture.

Un confrère...

Lancée par Manuel Da Costa, l'idée se base sur une motivation toute simple: au départ, John Lennon ne se destinait-il pas aux Beaux-Arts? Peut-on imaginer ce qu'il aurait créé s'il avait poursuivi dans cette voie? Exposition d'ensemble donc, et donc forcément inégale, mais plus qu'intéressante.

On découvre un humour caustique chez Marcelle Imhauser, qui croque allègrement quelques... nonnes très souriantes, et pareillement chez Philippe Gibon dont la tête sculptée en bois, surmontée d'une auréole (un CD) évoque l'allure dégingandée du Beatle, qu'il transcrit par ailleurs d'un trait elliptique au pinceau, à la manière chinoise, dans une aquarelle bien envolée. Chez Christiane Pivont, c'est l'humour gentil qui prime, dans un mobile mouvementé et très coloré, pour évoquer l'univers arc-en-ciel de Lennon.

Nostalgie chez Da Costa dont le portrait sépare l'ombre et la lumière d'une vie double et rappelle que les fraises peuvent toujours se transformer en sang. Les couleurs chatoyantes, parfois explosives, on les retrouve dans les aquarelles de Djamel Merbah et dans une évocation très art africain de J.-P. Nsimba-Ngunga. De manière stylistique, Charles Wertz rappelle qu'il n'y a ni paradis ni enfer au-dessus de nos têtes: rien que le ciel. Chez Maryse Larmuseau, un certain naïvisme évoque la poésie de la chanson et, une fois encore, retour aux fraises chez Da Costa avec un «strawberry fields for ever». Voilà un ensemble qui ne manque ni d'allure ni de sensibilité (1).

Un peu de tout

«Sous le sapin», intitulé de l'exposition, on a trouvé les étonnantes sculptures mi-pied mi-visage de Laurence David, les traditionnelles maisonnettes un peu tristes de Michel Fouat, une panoplie de paysages fort différents d'André Gillet, et les portraits à la manière congolaise, très lyriques, d'Albert Jaminon. Ludwik Poniewiera, lui, capture les positions de quelques modèles féminins qu'il tire doucement vers un début d'abstraction, tandis que Julian Van Bur qui évolue une fois de plus, atteint un univers à la fois fantastique et poétique frôlant de plus en plus l'abstrait. Celui-ci, on le trouvera intégralement dans les petits tableaux chatoyants et mouvementés de Pierre Schwarz (2).

Couleurs fortes, presque primaires, fauvisme qui ne dit pas tout à fait son nom, et sans nécessairement s'apparenter ni à Braque ni à Picasso, les huiles de Sabrina Voisin, directrice de la galerie Extr@pole, font la part belle aux attitudes coquettes d'une femme style 1900, restant à la fois mystérieuse, équivoque et «enbijoutée». La perspective plate et les portraits aux allures cassées affermissent la parenté avec ce style quelque peu académique (3).

Expos itinérantes

Pour son chant du cygne liégeois, la galerie Art-K-Ange change d'orientation et d'appellation et devient L'Art, tout court. Le fondateur Yvon Voccia proposera dès avril des expositions itinérantes qui passeront par Alger, Spa, Banneux, Libramont et Vals-les-Bains. Trois peintres, un maître verrier, Yvon Voccia lui-même avec ses bijoux, ont clôturé l'année (4).

(1) Orpheu, jusqu'au 8 janvier.

(2) Cercle des Beaux-Arts, en décembre.

(3) Extr@pole, jusqu'au 3 janvier.

(4) Art-K-Ange, en décembre.

© La Libre Belgique 2005