Gazette de Liége

Quand le folklore et la culture populaire des vieux quartiers de Liège s’effaçaient peu à peu sous les coups de boutoir de la modernité cosmopolite, qui pouvait parier sur la survie du cachet local ? Jean-Denys Boussard, bien sûr. Les doigts d’une seule main suffiront amplement pour compter les Liégeois dont la route n’a jamais croisé, un jour ou l’autre, celle de cet animateur bouillonnant, truculent, infatigable du patrimoine et du mouvement littéraire wallons. C’est désormais au Ciel, auquel il croyait fermement, qu’il évoquera son cher quartier d’Outremeuse, ses processions paroissiales, ses pétarades en chaîne et les enterrements burlesques de Mâti l’Ohê.

"Je ne me présente pas comme un grand folkloriste mais plutôt comme un collectionneur d’atmosphères. Je recherche les atmosphères que j’ai connues quand j’étais jeune", nous avait dit un jour celui qui fêta ses 77 ans le 14 février dernier. Auteur d’ouvrages sur la vie liégeoise, notamment, il travailla à l’office du Tourisme de Liège, était mayeur de la commune libre de Saint-Pholien-des-Prés dès 1961, présidait la Fédération des groupes folkloriques wallons et le Royal Caveau liégeois, tout en figurant aussi parmi les édiles du Village de Noël.

Entre deux fêtes, c’est la défense du dialecte qui occupait l’enfant de Djus d’la Mouse (Outremeuse). Il lui arriva d’annoncer la mort du wallon pour 2050, d’envisager le rachat du théâtre du Trianon par le funérarium voisin et même d’être candidat sur les listes du CDH, mais c’était "pour obliger les gens à réagir". Plus gravement, il nous affirma un jour que "nous vivons une sorte de génocide culturel, peut-être larvé mais quand même. Quand vous pensez qu’il faut, au pays de Liège, faire une pétition pour obtenir qu’on passe une chanson en wallon le matin à la radio !" Heureusement, on parle wallon au paradis.Paul Vaute