Gazette de Liége

Il y a maintenant un an de ça, Karima, une jeune musulmane verviétoise, décidait d'écrire son histoire. Celle d'une petite fille maltraitée, brutalisée, parce qu'elle ne voulait pas accepter la place qu'on lui réservait dans sa famille, celle de la bonne à tout faire. Mariée de force à un Marocain, elle décide de divorcer. Cette procédure durera 13 ans... Entre-temps, elle veut refaire sa vie, avoir des enfants. Quand son divorce est prononcé, elle décide de raconter son parcours. Suite à des menaces de mort (voir Gazette de Liége du 2 mars), elle porte plainte et est mise sous protection de la police.

Une histoire partagée

Son livre - "Insoumise et dévoilée" - est en vente depuis le 10 mars et 200 exemplaires ont déjà trouvé acquéreurs. Il était présenté samedi à la librairie verviétoise "Au Fil d'Ariane". "Nous sommes contactés par plusieurs librairies, sourit Frédéric Allard, responsable des éditions Azimut. Je les avais déjà contactés avant sans succès, mais maintenant qu'ils voient le potentiel du livre, ils changent d'avis". Karima veut partager son histoire. Elle a contacté l'association "Ni putes ni soumises" qui soutient sa cause. "Nous luttons de toutes nos forces contre l'intégrisme. Nous voulons dire non à ces lois créées par les hommes ainsi qu'aux diktats religieux", explique Fatoumata Sidibe, présidente belge de ce mouvement international qui veut promouvoir l'égalité des droits entre les hommes et les femmes et construire une nouvelle mixité .

Le but de Karima en écrivant son ouvrage était d'éviter que des faits semblables se reproduisent. Dans la droite ligne de cette philosophie, elle a été approchée pour participer à des réunions et conférences pour discuter de cette problématique. Karima insiste sur le fait que l'ouvrage n'est nullement une agression envers une autorité religieuse ou familiale. "Je ne critique ni l'islam auquel j'adhère, ni mes parents que j'aime malgré tout. J'ai bien lu le Coran et je n'ai trouvé nulle part une phrase disant que la femme doit se soumettre ou qu'elle n'a rien à dire", explique la jeune Verviétoise.

Quelles leçons en retirer ?

De nombreuses personnalités politiques et l'association "Ni putes ni soumises" ont discuté ce samedi pour trouver une attitude à adopter face à de tels actes. De nombreuses lois sont déjà en vigueur, mais peu de personnes les connaissent. Un vrai travail d'information est à réaliser de ce côté (voir encadré). D'autres pistes ont été soulevées afin d'améliorer les services d'aide à la jeunesse et le soutien accordé aux professeurs. "Le monde enseignant est le premier à voir arriver le problème. De nombreuses jeunes filles disparaissent de l'école du jour au lendemain et les professeurs sont impuissants", explique Anne-Marie Lizin, présidente du Conseil des femmes wallonnes.

M.-F.B. (St)