Gazette de Liége

Alain Dartevelle sortit de l'anonymat en 1983 par une politique-fiction, «Borg», publiée en France et qui lui ouvrit diverses portes, dont celles des Editions Denoël, de J'ai Lu, de Casterman et autres.

Le reste s'ensuivit au cours des années et il est devenu un écrivain notoirement connu pour ses récits fantastiques ou de science-fiction. Mais il possède surtout l'art de mélanger les genres, ce qu'il a démontré récemment avec «Treize fois moi», douze textes centrés sur des personnalités (Simenon, Kerouac, Marat, Toulouse-Lautrec...) dont l'univers est revisité par la fiction, et dont le dernier met en scène l'auteur lui-même, à la recherche de Kafka dans un Prague très réaliste qui le force à tout remettre en question.

«Exercice de style, sans doute, avoue-t-il, mais surtout questionnement sur l'identité de ces créateurs, écrivains, musiciens, plasticiens. Ne se sont-ils pas trompés sur eux-mêmes? Sont-ils vraiment les créateurs de ce qu'ils ont fait? Dans quelle mesure le public ne se les est-il pas appropriés?»

Des débuts à la Kerouac

Humour et excellente connaissance de la littérature ont conduit Dartevelle jusqu'au bout de ce dernier opus, celui qui lui a sans doute demandé le plus de mal, s'éloignant d'un recueil d'hommages ironiques à travers des textes disparates pour tenter de faire saisir que l'artiste «n'est pas toujours seul maître à bord de son oeuvre!» conclut-il.

Il est difficile de classer déjà cette oeuvre qui semble progresser par étapes, passant de la classique S-F au fantastique façon Jean Ray et à la littérature pour adolescents. Dartevelle refuse de se laisser situer, s'échappant par des textes sans rapports aucun avec les précédents, y revenant d'une manière différente, se moquant allégrement des genres avec lesquels il batifole.

Sans doute ses voyages en des lieux-dits exotiques et dont il a ramené des récits flirtant entre les genres, l'ont-ils peu à peu poussé à mélanger les données littéraires habituelles. Ses débuts dans la vie, en effet, ressemblent parfois à s'y méprendre à ceux d'un «voyageur» à la Kerouac.

Les années de galère

Originaire de Mons, Alain Dartevelle se prit très jeune de passion pour la littérature populaire, les surréalistes et les grands romanciers, les inévitables BD et les fascicules de S-F, mais son plus grand choc fut la découverte de Céline. Après avoir démarré des études en romanes à Bruxelles, il passa en journalisme et communications sociales mais, ne souhaitant devenir ni enseignant ni journaliste, il consacra son mémoire universitaire à une analyse critique d'une série de BD.

Quatre années de galère et de vie intense nocturne entre Mons et Bruxelles suivirent la fin de ses études: il fut un temps réceptionniste d'hôtel, puis sociologue, avant de passer à l'Education nationale où il dirigea le service... de recyclage des professeurs. «En 1983, je suis devenu fonctionnaire à la Poste, ce qui me rend doublement homme de lettres».

Après avoir dirigé la Poste de Liège quelques années, on le catapulta à Bruxelles, suite aux remaniements, mais rien ne put briser son élan vers l'écriture. Entre-temps, il s'était mis à voyager beaucoup: le Népal, la Floride, le Québec, l'Inde, la Malaisie, la Thaïlande et la Chine, ouvrant et diversifiant ses horizons d'écriture, à tel point que nombre de revues lui ouvrirent leurs portes.

Il n'en poursuit pas moins le travail de ses romans, terminant le dernier pour adolescents, entamant déjà un nouveau qui aura pour thème un évangélisateur venu d'une planète prôner une religion absurde auprès d'extraterrestres. Chez Dartevelle, le clin d'oeil n'est jamais loin.

© La Libre Belgique 2006