Gazette de Liége

Il y a exactement quatre-vingts ans ce lundi, le roi Albert Ier se trouvait à Seraing pour le 110e anniversaire des usines Cockerill. La guerre 1914/1918 avait empêché la célébration du 100e anniversaire.

C'est dans la grande halle de l'usine que, le 1er octobre 1927, le roi Albert prononça un discours déterminant pour l'avenir de la recherche en Belgique, puisqu'il sera à la base de la création du Fonds national de la recherche scientifique (FNRS). Aujourd'hui, dans la grande halle de CMI (Cockerill, Maintenance et Ingénierie) la célébration du 80e anniversaire, in situ, devait se dérouler en présence du roi Albert II. Mais l'état de santé du souverain exigeant une réduction draconienne de son programme d'activités, c'est le prince Philippe qui sera présent.

Le sort des nations qui négligeront la science et ses savants est marqué pour la décadence déclara, notamment, Albert Ier dans son célèbre discours. Cette phrase fit une forte impression. Elle a été reprise dans le monde entier et elle figure sur un des murs de l'ancienne faculté de Psychologie et Sciences de l'Éducation de l'Université de Liège. Aujourd'hui que tout est abandonné, la végétation a triomphé de la citation d'Albert Ier, personne n'a pensé à la dégager pour son 80e anniversaire. Bien qu'elle ne soit sans doute là que depuis le 20e anniversaire du discours puisqu'on aperçoit encore, sur le mur, la date de 1947.

En 1927, l'administrateur-inspecteur de l'université de Liège, le professeur, Marcel Dehalu, lance le projet de construction d'un complexe de cinq ensembles de bâtiments sur des terrains de l'ancienne abbaye du Val Benoît. Le chantier commencé en 1930 se terminera en 1937. L'ensemble est remarquable. Il reste un exemple particulièrement représentatif du style des années 30. Dans les années 50, le recteur Marcel Dubuisson qui veut rassembler la communauté universitaire liégeoise, décide la création du campus du Sart-Tilman et, à la fin des années 90, le site du Val Benoît commence à se vider. En 2005, les dernières salles de cours se ferment.

La reconversion du Val Benoît a commencé par l'installation du Forem dans l'ancien institut des Mathématiques (du côté du quai Banning), et celle de la section des arts de la parole du Conservatoire de Liège en 2004.

La Ville de Liège a acheté l'ancien institut de mécanique pour y installer les réserves du futur musée le Grand Curtius, les archives de la Ville et quelques autres fonds privés. Ces collections seront accessibles aux chercheurs. Le Forem et un entrepreneur privé ont acheté l'ancienne abbaye avec sa poterne et l'ex Centre de recherche métallurgique pour y installer des bureaux et des appartements. Il y a encore des options sur les autres bâtiments de cet ensemble idéalement situé.

Le 80e anniversaire du discours de Seraing est l'occasion de la sortie d'un livre extrêmement bien fait, sans aucune lourdeur académique, qui raconte d'une manière alerte et accessible l'histoire du Fonds national de la recherche scientifique. (1) On y retrouve le style incisif qui caractérise le professeur Robert Halleux. On ne s'étonnera pas de l'entendre tirer la sonnette d'alarme sur les dangers de l'intervention massive mais inévitable de l'État dans les finances du FNRS. Il souligne que bien des chercheurs, fautes de moyens et postes, doivent quitter le pays ou encore : "végètent dans des contrats à durée déterminée, arrachés à des pouvoirs où la complaisance prime sur la compétence".

(1)-" La liberté de chercher" par Robert Halleux et Geneviève Xhayet aux éditions de l'Université de Liège.