L’histoire vraie du "Sanglier des Ardennes"

Lily Portugaels Publié le - Mis à jour le

Gazette de Liége

A l’aube du 19 juin 1485 (du 18, d’après d’autres historiens) sur la place du Vrijthof, à Maastricht, un homme monte fièrement sur un échafaud qui, la veille a été dressé à la hâte. C’est un élégant seigneur en habit de fête, il a été piégé dans un guet-apens au sortir d’un banquet offert par ses agresseurs. Un seigneur qui n’a pas toujours bien vécu mais qui sait comment il faut mourir quand on descend d’une famille aussi noble et aussi ancienne. Il enlève ses chaussures et son manteau que négligemment il jette à la foule venue assister à l’exécution.

"Le bourreau marque un semblant d’hésitation. Le condamné le reprend. Ensuite il roule sa longue barbe et la retient avec les dents, afin de pouvoir plus commodément poser sa tête sur le billot. La hache de l’exécuteur est brandie vers le ciel - moment qui paraît une éternité - puis retombe lourdement et fracasse la nuque dans un sinistre craquement de vertèbres brisées, qui évoque pour certains, le son d’une cloche (sans doute a-t-il gardé sur lui une pièce métallique ou un collier). La tête roule, toute sanglante, sous les yeux éberlués des citoyens proches."

Ainsi Olivier de Trazegnies conte-t-il la mort de Guillaume de la Marck, le "Sanglier des Ardennes", dans son récent ouvrage "Le lis et le Sanglier" 1.

Il y a quinze ans que dans sa forteresse du XIIIesiècle, à Corroy-le-Château, Olivier de Trazegnies écrit la première biographie historique de l’étonnant Guillaume de la Marck. Pour cet ouvrage, le marquis de Trazegnies a pu compter sur la collaboration du prince Léopold d’Arenberg, descendant direct de celui que l’on a surnommé le "Sanglier des Ardennes" mais que, de son vivant, on appelait "Guillaume à la barbe".

Cela nous donne une véritable somme de 600 pages sans illustration si ce ne sont deux petites photos en fin d’ouvrage. Celles des châteaux de Bouillon et de Sedan, deux forteresses importantes dans la lignée des de la Marck.

On remet régulièrement en cause le surnom de "Sanglier des Ardennes" à propos de Guillaume de la Marck. Et voici qu’Olivier de Trazegines met ce surnom à l’honneur dans le titre de son livre en l’opposant, pour Guillaume, au Lis de la Maison de France pour Louis XI. Cela nous vaut, au passage, une savoureuse histoire de la symbolique du sanglier depuis la grotte d’Altamira jusque dans nos assiettes où "il est devenu un gibier ordinaire".

Quant à Louis XI: "Le prince de dix-huit ans, à qui on vient d’offrir Liège comme une voiture de sport, est le produit d’un bon élevage". Olivier de Trazegnies fait vivre les épisodes de la vie de ses deux héros, dans un style très personnel qui fait "avaler" les 600 pages avec un plaisir toujours renouvelé.

La rigueur historique se double d’un délicieux humour qui fait apprécier chaque description. Qui plus est, Olivier de Trazegnies se promène dans la ménagerie héraldique comme un vétérinaire visitant un jardin zoologique. Il faut dire qu’en matière de généalogie, un duo Trazegnies-Arenberg sait de quoi il parle.

Quant à la sanglante page d’histoire liégeoise traversée par ces deux personnages, elle est remarquablement documentée et adoucit un peu, très peu, l’image rustre que Guillaume de la Marck a laissée dans la mémoire collective. "Le lis et le sanglier" est un livre qui a sa place dans toutes les bibliothèques liégeoises notamment.

Lily Portugaels

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