Gazette de Liége

En terres liégeoises, l’année désormais quasi écoulée ne sera certes pas à marquer d’une pierre blanche, du moins en matière politique et pour ce qui est des grands événements. Au rayon des drames et autres catastrophes, et en cela fort heureusement, 2013 n’aura pas non plus été une année marquante. Mais ce qui a assurément retenu l’attention au cours des douze derniers mois, à Liège comme ailleurs dans la province, ce sont les sujets de société. Nous ne reviendrons pas ici sur la problématique de la prolifération des parcs éoliens ni sur celle de la sécurité propres essentiellement à l’arrondissement de Huy-Waremme et il ne sera pas vraiment question non plus d’immigration et de multiculturalité, deux thématiques qui furent au centre des préoccupations à Verviers. Ce que l’on a constaté, et ce singulièrement à Liège, c’est que l’humain fut véritablement au cœur des débats.

Tout récemment, le bourgmestre PS Willy Demeyer, par ailleurs vice-président du Sénat, y est allé de deux propositions de lois visant à mieux encadrer la problématique de la toxicomanie, qu’il s’agisse de la légalisation de salles de consommation de drogue ou de la poursuite de l’expérience du centre Tadam. Soit ce projet pilote liégeois, qui aura duré deux ans dont une de fonctionnement et coûté près d’un million d’euros, de délivrance contrôlée d’héroïne médicale. Au début de cette année où le sujet a régulièrement fait débat, le centre localisé au cœur de la ville mais à proximité d’un important commissariat de police fermait ses portes. Toute la question était alors de savoir si cette fermeture serait ou non définitive… Depuis lors, les autorités médicales et politiques disposent de l’évaluation réalisée par l’Université de Liège et celle-ci est sans appel : ce traitement alternatif de seconde ligne fut positif pour les "patients" qui l’ont testé et par ailleurs sans nuisance pour le quartier mais le hic, outre un coût élevé, fut sa limitation dans le temps. Reste maintenant à voir ce que feront les politiques, lesquels se renvoient déjà la balle (de la Ville au Fédéral et du Fédéral à la Région), face à ce sujet sensible et peu porteur. Un sujet qui, tout comme d’ailleurs celui connexe des salles de "shoot" (soit une promesse de Willy Demeyer lors de la campagne en vue des communales), transcende les étiquettes partisanes puisqu’il relève de la liberté de conscience.

Outre la toxicomanie, il est une autre problématique sociétale, la prostitution, qui a abondamment fait jaser tout au long de l’année. Il faut dire que la fermeture des salons voisins de la Grand Poste à Liège ainsi que l’exode des travailleuses du sexe qui s’en est suivi vers la périphérie et notamment Seraing date déjà de 2011. De quoi avoir suscité l’impatience de certains au premier rang desquelles les associations actives dans un secteur pas vraiment comme les autres… Le débat sur le sujet, lequel était censé se dérouler au sein de l’ASBL Isatis créée à l’époque mais qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, a eu lieu au Conseil communal mais la majorité PS-CDH, pour le moins divisée, n’est pas parvenue à trouver un accord. À Seraing, le bourgmestre PS Alain Mathot n’a quant à lui eu besoin de personne pour avancer vers la construction d’un véritable Éros Center. Mais l’heure de la communauté urbaine sexuelle n’a pas encore sonné…

D’autres sujets sociétaux auront également fait la une de l’actualité en 2013, à commencer par celui de la mendicité et du sort qui est réservé aux SDF à Liège. Comme dans d’autres villes, un nouveau règlement communal est en application depuis 2012 mais il ne semble pas qu’il porte réellement ses fruits. D’où la décision qui fut prise de mettre sur pied un groupe de réflexion chargé de faire des propositions en la matière. Nul doute qu’on en reparlera donc encore l’an prochain, tout comme d’ailleurs dans un autre registre de la problématique de la violence au sein du Carré (un modèle de gestion du quartier est en préparation) ou de celle liée aux baptêmes estudiantins dont certains ont dérapé et qui aura mis face-à-face amoureux du folklore et défenseurs de la dignité humaine.Bruno Boutsen