Gazette de Liége

Il y avait là deux brasseries, le Scotch et le Tivoli-Bourse. Cet îlot d’habitat succédait au chœur de la cathédrale abattue pour l’exemple après la révolution liégeoise de 1789. Des campagnes dégagèrent comme on sait, au centre de la place, des soubassements de nefs et des éléments d’une villa romaine. Ce qui deviendrait, en 2003, l’Archéoforum.

Fouilles sur trois ans

Mais en 1981, Marcel Otte, aujourd’hui préhistorien renommé à l’ULg, avait aussi effectué des sondages dans les entrailles du Tivoli. Il concluait à son extraordinaire richesse : bases du chœur gothique, du chœur oriental de la cathédrale romane antérieure et de la première cathédrale notgérienne, datant de l’an mil. Mais aussi, outre des sépultures mérovingiennes, un embarcadère sur la Légia et des traces néolithiques d’il y a 6000 ans.

C’est ce "cœur du cœur" que Jean-Claude Marcourt (PS), ministre wallon du Patrimoine, vient de décider de rouvrir. Approfondies, cette fois, les fouilles se distribueront sur trois ans, le temps que la Ville trouve les fonds et désigne l’architecte pour l’immeuble "transparent" qui refermerait la place du Marché.

On se souvient des erreurs du passé, on fait équipe et on prône la concertation. L’ensemble des forces archéologiques wallonnes sont réunies : le service wallon de l’archéologie, représenté par Jean-Marc Léotard, responsable provincial, main dans la main avec l’institut du patrimoine wallon (IPW) - gestionnaire de l’Archéoforum -, représenté par Anne Warnotte.

L’archéologue de l’IPW le confirme : "À rebours du sauve-qui-peut ou de ceux qui se la joueraient perso, nous voulons nous donner le temps de bien préparer cette campagne de prévention. Autour de la table, la Ville, propriétaire du terrain, initiatrice d’un projet architectural et attachée à la dynamisation du cœur historique, mais aussi l’Université et les événements qui ont pris l’habitude d’occuper le Tivoli".

Par exemple, la province de Liège ou l’ASBL Enjeu, actives aux fêtes de Wallonie ou lors du "Village wallon" et du "Village de Noël", seront rassurées : on se dirige vers trois périodes successives de fouilles, de printemps et d’été exclusivement, si possible dès cette année, par périmètres limités et avec remblaiement avant les grands rendez-vous festifs.

Archéoforum étendu

La directrice de l’Archéoforum, Séverine Monjoie, ajoute : "Nous, nous endosserons la mission de sensibilisation : visites de terrain, expositions, valorisation des résultats à travers la nouvelle cellule de promotion de l’archéologie de l’IPW".

Outre le désir d’étendre au niveau des chœurs enfouis les salles souterraines dont elle a la charge, "dans une pleine collaboration avec l’architecte qui concevra l’immeuble-rideau du Tivoli".

Précaution supplémentaire contre les retards : une découverte majeure - qui est fort possible (voir l’encadré ci-contre) - pourra devenir une "réserve archéologique", à rouvrir à l’aise plus tard.